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Le corps peut être un allié dans la prière. On ne prie jamais sans lui. À chacun et à chacune de trouver la bonne posture qui l’aide à descendre au fond de son cœur, lieu de toute vraie prière. Nous avons vu aux articles précédents de l'"École de prière" comment prier assis et à genoux, je vous suggère quelques pistes qui peuvent aider à prier debout.

Se tenir droit

Il est important de prendre conscience du corps lorsqu’on est debout pour prier, en privé ou en public. Les pieds reposent bien à plat sur le sol, joints ou légèrement écartés, plantés dans l’humus de notre humanité. Il est bon de sentir ce sol qui nous relie à la terre, humblement. Le bassin est droit, pour l’équilibre et la stabilité. Le dos doit être redressé, sans effort et sans tension. Le regard peut être centré sur une croix ou une icône, puis nous fermons les yeux pour laisser parler le cœur en silence, au rythme lent de la respiration, comme un mouvement d’amour.

Il y a une géographie du corps qui ramasse tout notre être pour l’offrir au Père. Si on étend les bras, le corps prend la forme de la croix. Tel un arbre enraciné dans le sol déploie ses branches vers le ciel, nous embrassons le monde avec le Christ. Ne sommes-nous pas crées pour ouvrir les bras et pour aimer? Au centre du corps debout, il y a le cœur, point de jonction de l’horizontal et du vertical, alliance de la terre et du ciel, rencontre de l’extérieur et de l’intérieur. Marie est une belle image d’un cœur ouvert et offert. Stabat Mater, debout au pied de la Croix, elle s’élève avec le Fils pour n’être plus qu’offrande, corps et âme.

Les mains peuvent prendre différentes attitudes : levées vers le ciel en geste d’offrande, repliées sur la poitrine en signe d’écoute, jointes pour l’attention à la présence de Dieu, doigts croisés pour la supplication ou le recueillement en Dieu, paumes ouvertes en signe d’accueil. « Que ma prière devant toi s'élève comme un encens, et mes mains, comme l'offrande du soir » (Ps 140, 2).

Pour lire la suite de cet article : http://www.jacquesgauthier.com/blog/entry/ecole-de-priere-53-prier-debout-1.html

Auvidec Média/Jacques Gauthier, théologien http://www.jacquesgauthier.com/

Dans La puissance et la gloire, Graham Greene nous présente un petit village mexicain perdu au milieu de nulle part. Le gouvernement a fait passer près du village une ligne électrique. On crée une extension vers le village. Il n’y aboutit qu’une connexion à la maison du maire. On y a installé une ampoule. Le soir, cérémonieusement, le maire met le contact. C’est l’émerveillement ! On en cause tout la nuit… Quelques jours plus tard, on est habitués.

Au collège, un ancien du collège est ordonné prêtre. Le bon vieux Père Bélanger fait le sermon. Il raconte comment, quelques décennies auparavant, il a été ordonné prêtre dans les mêmes circonstances. Après la messe, profondément ému de ce qui donne un sens plénier à sa vie, il se dirige vers le cloître. Il rencontre un vieux prêtre. « T’es ému de ton ordination ? » Bien sûr qu’il est ému ! – « C’est normal, mais tu vas retomber sur tes pattes et tu vas t’habituer. » le Père Bélanger conclut qu’il n’a jamais entendu une phrase aussi contraire à l’esprit chrétien.

Un chrétien ne s’habitue pas. La vie chrétienne est toujours nouvelle, constamment en cheminement, sans cesse source d’une paix et d’une joie renouvelée parce qu’elle participe à la vie de Jésus.

Une des façons de « s’habituer » réside dans le bavardage avant la célébration entendu dans toute l’église de certaines paroisses. On est modernes. On « intègre » le sens humain. On n’est pas des moines…

Notre aînée, ma femme et moi, décidons un jour d’aller à la messe d’une paroisse ukrainienne. En entrant, nous somme saisis, émus, par un profond recueillement de la communauté entière. Il ne leur serait pas venu à l’esprit de dire un seul mot. Ils ne s’« habitueront » jamais. Heureusement !

Auvidec Média/Michel Frankland, auteur, chroniqueur

Le 2 janvier 2017 est décédée Sister Frances Carr, l’une des trois derniers représentants de l’« United Society of Believers in Christ’s Second Appearance », un groupe chrétien original mieux connu sous le nom de « Shakers ». Pour plusieurs spécialistes, cette communauté religieuse a marqué l’histoire américaine de bien des façons. Mais croiriez-vous que plusieurs objets d’utilisation courante ont été inventés par cette communauté afin de rendre grâce à Dieu ?

L’origine de cette communauté remonte à 1747, en Angleterre, alors que deux quakers progressistes, James et Jane Wardley, – les quakers étaient déjà des dissidents de l’Église anglicane – se proclamaient eux-mêmes les « Shaking Quakers », à cause des mouvements saccadés qui les animaient dans l’enthousiasme de leur ferveur religieuse. En 1758, Ann Lee se joignit à eux. Cette femme allait bientôt témoigner de révélations et de visions, qui firent qu’elle fut reconnue par les membres de son groupe comme inspirée par Dieu et qu’elle en devint la chef spirituelle. Victime de persécutions religieuses, elle fut emprisonnée en 1772. C’est durant son séjour en prison qu’elle eut la vision d’une société utopique et fraternelle susceptible d’être créée dans le Nouveau Monde. En 1774, Ann Lee traversa l’océan Atlantique avec huit de ses disciples et fonda une colonie à Niskeuna (dans l’État de New York). À l’image du Jésus célibataire, les shakers constituaient des communautés mixtes de frères et sœurs voués au célibat. Le mouvement shaker, qui fut à son apogée aux États-Unis vers 1850, comptait alors près de 6 000 fidèles répartis en dix-neuf communautés.

Il a fallu bien du temps et des expérimentations pour que les végétariens aient sur le marché une aussi grande sélection de produits sans viande. L’histoire de la création de ces nouveaux produits regorge de faits inusités. L’anecdote la plus succulente est sans doute celle qui se cache derrière l’invention des végé-burgers. Croiriez-vous que ces végé-burgers aient une origine religieuse ?

En effet, l’Église adventiste du septième jour, un mouvement de réveil protestant né dans la deuxième moitié du XIXe siècle, cherchait à créer les conditions idéales pour le retour du Christ annoncé dans la Bible (d’où son nom d’« adventiste », du latin adventus qui signifie « avènement », « venue »). S’inspirant des visions d’Ellen White, sa fondatrice, l’Église adventiste pense que le croyant doit chercher à glorifier Dieu dans son corps. C’est pour cela qu’on y met l’accent sur la santé des fidèles et qu’on y encourage notamment le végétarisme. Les adventistes enseignent que Dieu a énoncé ce principe de santé comme étant l’idéal dès la création du monde. En Genèse 1,29, Dieu dit : « Je vous donne toute herbe porteuse de semence sur la terre, et tout arbre fruitier porteur de semence ; ce sera votre nourriture. »

John Harvey Kellogg, bien connu en raison des céréales auxquelles lui et son frère cadet Will Keith Kellogg ont donné leur nom, était un avocat spécialiste de la santé et un adventiste convaincu. À l’origine, il avait proposé aux résidents de sa ville natale de Battle Creek, au Michigan, de consommer des substituts de viande dans le but de suivre un régime végétarien sans développer de carences alimentaires. Après de nombreuses tentatives pour créer le produit idéal, John Harvey Kellogg arriva à la fabrication d’un aliment commercialisé sous le nom de Protose, principalement constitué de blé, d’arachides et de soya. Il s’agissait là d’une percée dans le domaine des substituts de viande, et une petite révolution pour l’époque. Des contemporains adventistes de Kellogg ont par la suite décidé de transformer la protéine ainsi découverte afin qu’elle ressemble davantage aux burgers que nous connaissons aujourd’hui. Pour y parvenir, ils employèrent par exemple des assaisonnements similaires à ceux utilisés pour la viande.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis l’invention de John Harvey Kellogg. D’autres compagnies ont mis sur le marché des variations de ce substitut de viande. Il n’en demeure pas moins que l’histoire du végé-burger est étroitement liée à un mouvement religieux. De nos jours, d’autres substituts à la viande sont également offerts dans de grandes chaînes de restauration rapide. Gageons que vous aurez une pensée pour les Adventistes du septième jour la prochaine fois que vous croquerez dans un végé-burger !

Pour en savoir plus :

- Lehmann, Richard. Les Adventistes du septième jour. Liège, Brepols, 1987.

- « The History of Fake Meat Starts With the Seventh-Day Adventist Church »

http://www.atlasobscura.com/articles/the-history-of-fake-meat-starts-with-the-seventhday-adventist-church, consulté le 23 sept. 2016.

Découvrir le CROIR :  https://croir.ulaval.ca/

Auvidec Média/Équipe du Centre de ressources et d'observation de l'innovation religieuse​ (CROIR)​

Force est de constater que l’arrivée d’Internet dans le domaine du religieux fait couler beaucoup d’encre. Nous avons récemment traité de l’influence négative de la Toile sur l’assiduité des fidèles, de l’émergence de croyances nouvelles en lien avec les nouvelles technologies, également de prêtres bouddhistes que l’on pouvait commander sur le web. De quoi en déstabiliser plus d’un ! Si vous pensiez que l’innovation avait atteint son sommet, vous vous trompiez. Croiriez-vous que l’ordination en ligne soit aussi une industrie florissante ?

La cérémonie du mariage est un rite de passage que l’on retrouve dans presque toutes les civilisations. La tradition occidentale voulant que cette union doive être entérinée légalement est fortement ancrée dans notre culture, et peu de gens la remettent en question. Sans une présence physique devant un représentant officiel de l’État et la signature de documents en présence de témoins, vous ne pouvez être considérés comme mariés aux yeux de la société. Le mariage peut aussi être célébré par des ministres du culte habilités à le faire par la société religieuse à laquelle ils appartiennent, pourvu que les rites et les cérémonies de leur confession aient un caractère permanent, que ces officiants célèbrent les mariages dans des lieux conformes à ces rites et aux règles prescrites par le ministre de la Justice, et qu’ils aient reçu l’autorisation de celui-ci.

À l’heure où la société se sécularise, on constate une hausse correspondante des mariages civils. Le site de mariage teknot.com signalait qu’en 2009-2010, le tiers des mariés ayant répondu à un questionnaire destiné à vérifier leur satisfaction avaient eu comme célébrant un ami ou un membre de la famille. Pourquoi chercher un officiant accrédité, alors que les greffiers de la Cour et les maires peuvent célébrer l’union de deux individus en dehors de tout contexte religieux ? Et si l’on souhaitait ainsi évacuer la religion tout en gardant une certaine spiritualité ?

« Devenez prêtre pour 5 $ », titre un site internet ! Les services en ligne permettent notamment à des groupes religieux comme les mouvements ésotériques ou New Age d’ordonner sur le web des ministres du culte sous différents titres professionnels allant de guérisseur à prêtre en passant par chaman et chapelain interconfessionnel. Le judaïsme ne fait pas exception à la règle : les rabbins ordonnés par une institution non traditionnelle semblent se multiplier. En janvier 2015, dans le cadre d’une recherche sur le sujet, un chercheur de l’Université d’Afrique du Sud recensait déjà trente-six sites internet d’ordination.

Si certains sites octroient l’ordination sans aucun prérequis, d’autres exigent des personnes ordonnées l’observance d’un certain code éthique et légal. La question du mariage entre individus de même sexe, qui a favorisé l’émergence du mouvement d’ordination en ligne, demeure une question délicate. Certaines organisations sont d’ailleurs nées du désir d’officialiser les mariages homosexuels, alors que d’autres rejettent toujours l’idée. On peut ajouter que de nombreuses vedettes ont fait appel aux services d’ordination en ligne : c’est le cas, entre autres, de Lady Gaga et de Paul Newman. L’idée de figurer parmi des célébrités au palmarès des ministres d’un jour peut sans doute avoir quelque chose de fascinant !

Plusieurs personnes ont même créé leur propre société religieuse afin de pouvoir célébrer des mariages. Au nom de la liberté, certains militent pour que les citoyens qui le désirent puissent se marier selon leur foi individuelle, c’est-à-dire sans être rattachés à une Église quelconque. Notons toutefois que, pour que ces mariages soient reconnus, le célébrant doit s’associer à un notaire, encore seul capable de produire les documents officiels requis. Pour montrer qu’il est plus facile de fonder une société religieuse que de devenir une célébrante laïque, une dame de la région de Québec s’est fait ordonner ministre du Culte de l’Église évangélique chrétienne de Lorraine, alors qu’elle célébrait les mariages sous un nom d’entreprise. Cette même personne est même célébrante de l’Église du Monstre du Spaghetti volant, un geste symbolique certes, cette religion n’ayant pas le pouvoir de célébrer au Québec.

L’ordination en ligne devient ainsi un autre phénomène qui remet en question la théorie de la sécularisation selon laquelle le religieux serait appelé à disparaître des sociétés modernes. Les individus semblent avoir encore besoin de références religieuses ou spirituelles dans les moments importants de leurs vies. C’est pourquoi nous assistons actuellement à l’émergence de rituels personnalisés pour souligner la naissance, l’engagement mutuel ou la mort. Une des raisons pouvant expliquer un tel engouement serait que ces rites sur mesure seraient en parfaite résonnance avec une société de consommation qui ajuste ses produits à la demande. Ces sites d’ordination en ligne utilisent les stratégies de marketing les plus récentes pour concurrencer les religions établies, et leur succès est impressionnant. La simplicité du processus semble accroître sa popularité. Attention, vous êtes à un clic d’être sur le marché virtuel des ministres ordonnés !

Pour en savoir plus :

  • Cimino, Richard, « Online ordinations put to unconventional spiritual uses », Religion Watch, February 2015 (Vol. 30, No. 4), p. 4-5, http://www.rwarchives.com/issues/february-2015/, consulté le 27 mars 2017.
  • Clasquin-Johnson, Michel, « Minister for a Day—Online Ordination and the place of religion in the 21st century », Journal for the Study of Religions and Ideologies,

Auvidec Média/CROIR/Université Laval

Homélie du Pape François

Jésus avait de l’autorité parce qu’il servait les gens, il était proche des personnes, et il était cohérent, au contraire des docteurs de la loi qui se sentaient comme des princes. Selon Radio Vatican, ces trois caractéristiques de l’autorité de Jésus ont été mises en lumière le 10 janvier 2017 par le Pape dans l’homélie de la messe matinale à la Maison Sainte-Marthe. François a souligné que, à l’inverse, les docteurs de la loi enseignaient avec une autorité cléricale, détachés des gens. Ils ne vivaient pas ce qu’ils prêchaient.

Les docteurs de la loi se sentaient des princes

L’autorité de Jésus et celle des pharisiens sont les deux pôles autour desquels s’est fixée l’homélie du Pape.

Le Pape explique : «Jésus servait les gens, il expliquait les choses pour que les gens comprennent bien : il était au service des gens. Il avait une attitude de serviteur, et ceci lui donnait de l’autorité. En revanche, ces docteurs de loi (…) avaient une psychologie de princes : « Nous, nous sommes les maîtres, les princes, et nous vous enseignons. » Pas de service : « Nous commandons, vous obéissez. » Et Jésus ne s’est jamais fait passer pour un prince : il était toujours le serviteur de tous et c’est ce qui lui donnait de l’autorité. »

L’autorité de Jésus est la proximité

C’est le fait d’être proche des gens qui confère une autorité. La proximité est la deuxième caractéristique qui différencie l’autorité de Jésus de celle des pharisiens. «Jésus n’était pas allergique aux gens : toucher les lépreux, les malades, ne le dégoûtait pas», alors que les pharisiens méprisaient «les gens pauvres, ignorants», et ils aimaient se promener sur les places avec de beaux habits…

«Ils étaient détachés des gens, ils ne leur étaient pas proches. Jésus était très proche des gens, et ceci donnait de l’autorité. Ces docteurs détachés avaient une psychologie cléricale : ils enseignaient avec une autorité cléricale, c’est le cléricalisme. Moi j’aime beaucoup lire la proximité avec les gens qu’avait le bienheureux Paul VI : dans le chapitre 48 de l’exhortation Evangelii Nuntiandi, on voit le cœur du pasteur proche : c’est là l’autorité de ce Pape, la proximité.»

Jésus était cohérent

Mais il y a un troisième point qui différencie l’autorité des scribes de celle de Jésus, c’est la cohérence. Jésus «vivait ce qu’il prêchait». «Il y avait comme une unité, une harmonie entre ce qu’il pensait, entendait, faisait». Alors que ceux qui se sentent des princes ont «une attitude cléricale», c’est-à-dire hypocrite, ils disent une chose et en font une autre.

«Ces gens n’étaient pas cohérents et leur personnalité était divisée, au point que Jésus conseillait à ses disciples : « Faites ce qu’ils vous disent, mais pas ce qu’ils font ». Ils disaient une chose et en faisaient une autre. Ils étaient incohérents. Et Jésus les qualifie d’hypocrites (…)

Parabole du Bon Samaritain

En conclusion, le Pape a évoqué la parabole du Bon Samaritain. Devant l’homme laissé pour mort sur la route par les brigands, le prêtre passe et s’en va peut-être parce qu’il y a le sang et il pense que s’il l’avait touché, il serait devenu impur.

À la fin arrive le samaritain, un pécheur, qui, en revanche, lui, a pitié. Mais il y a un autre personnage, l’hôtelier, a noté le Pape, qui est resté stupéfait, non pas en raison de l’agression, parce que c’était une chose qui arrivait sur cette route, non pas en raison non plus du comportement du prêtre et du lévite, parce qu’il les connaissait, mais pour celui du samaritain. L’étonnement de l’hôtelier face au samaritain. «Mais c’est une folie», «il n’est pas juif, c’est un pécheur», pouvait-il penser. «Et beaucoup ressentaient le même étonnement face à Jésus», a remarqué le Saint-Père.

Auvidec Média/Radio Vatican

Le 4 ou le 11 octobre dernier, je vous ai écrit pour vous demander (vous supplier!) de signer la pétition d’Avaaz demandant d’imposer une zone d’interdiction ou d’exclusion de vol («No Fly Zone» ou NFZ) au-dessus de la ville d’Alep afin d’épargner des vies de civils innocents.

J’avais raison d’attirer l’attention sur la situation insoutenable de nos frères et soeurs humains bombardés de manière criminelle à Alep.

Mais j’avais tort de vous inviter à signer cette pétition demandant une NFZ. Je l’avais moi-même signée, et plusieurs d’entre vous l’avez sans doute fait, en toute bonne foi. Et notre volonté de solidarité avec les gens d’Alep est totalement justifiée.

C’est le moyen d’action proposé par la pétition qui est non seulement discutable, mais carrément dangereux. Et c’est là que j’ai eu tort, non seulement de signer mais de vous inviter à faire de même.

Vous ayant sollicité, je tenais à vous en informer et, surtout, à expliquer pourquoi j’en suis venu (suite à l’interpellation d’amis militants pour la paix) à cette conclusion et les quelques leçons utiles que je tire de cette mésaventure.

Vous pourrez, si cela vous intéresse, trouver ces explications et ces leçons, dans le texte «J’avais tort: pourquoi il ne faut PAS demander de zone d’exclusion aérienne en Syrie» publié sur mon blogue: J’avais tort: pourquoi il ne faut PAS demander une zone d’exclusion aérienne en Syrie.

Solidairement,

Auvidec Média/Dominique Boisvert, Scotstown

Dans un cahier de recommandations qui vient de paraître, L’Association canadienne des soins de longue durée (CALTC) « demande au gouvernement fédéral d’élaborer un régime d’épargne pour les soins aux personnes âgées qui encouragera les Canadiens à épargner ou qui permettra aux personnes âgées d’utiliser leurs épargnes enregistrées existantes, libres d’impôt, pour payer pour leurs propres soins à domicile, dans des maisons de retraite ou dans des établissements de soins de longue durée. »

Je n’ignore pas les besoins en matière d’hébergement spécialisé et de soins, en particulier face aux déficits cognitifs et à la démence. Je n’ignore pas davantage les retards considérables dans la conception et la construction d’établissements neuf et plus adaptés, en particulier au Québec, comme le signale la CALTC, preuves à l’appui.

Mais je ne peux être d’accord avec cette forme d’épargne-santé qui aboutirait à faire payer deux fois, par l’impôt et par l’épargne personnelle, les soins de santé dans le grand âge ; et surtout à favoriser une fois de plus les plus riches d’entre nous. Les soins de gériatrie doivent être analysés et compris comme un problème de sociétés confrontées au vieillissement démographique et à ses effets sur la santé. Depuis des années, l’espérance de vie augmente régulièrement, laissant apparaitre clairement les réalités montantes de la dépendance. Mais rien, ou presque rien ne bouge, faute d’un mouvement social conscient de ces problèmes et soucieux de leur trouver les meilleures des solutions. Ni défi technique, ni défi financier, mais défi citoyen et volonté politique. La dépendance n’est pas seulement la situation déplorable d’une minorité d’aînés d’aujourd’hui, elle est aussi le risque appréhendé pour l’avenir des générations plus jeunes, demain et plus tard.

Auvidec Média/Jean Carette, éditeur Espaces 50+ Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

La main accrochée aux heures

je dessine pour ma petite-fille

la fuite du temps dans mes cheveux

 

Je m’abaisse à sa hauteur

au vestibule de la maison

l’euphorie de se retrouver

 

Elle n’attend que cela

se jeter dans mes bras

m’élever à ses yeux

avec tout l’abandon du monde

l’ivresse de la confiance

 

Fraîche cuvée du nouvel an

quelle soif me pousse à boire cette joie

comme si j’embrassais la mer

touchais le ciel azuré

mon hommage levé

aux enfants de la promesse

 

Les vœux de bonheur

fondent comme neige

quand la tendresse relie

le proche et le lointain

l’ancien et le nouveau

 

Ce poème est tiré du recueil de Jacques Gauthier : Un souffle de fin silence, Montréal, éditions du Noroît, à paraître en février 2017.

Lire également sur le blogue de Jacques Gauthier : La bénédiction du Jour de l’an

Auvidec Média/Jacques Gauthier, théologien, auteur et chroniqueur

http://www.jacquesgauthier.com/

Demander à Dieu la «sagesse» de faire la paix dans les choses de chaque jour, parce que c’est de ces petits gestes quotidiens que naît la possibilité de la paix sur l’échelle mondiale.

La paix ne se construit pas tellement dans les grands forums internationaux. La paix est un don de Dieu qui naît dans des petits endroits. Dans un cœur, par exemple. Ou dans un rêve, comme c’est arrivé à Joseph, quand un ange lui dit de ne pas avoir peur de prendre Marie comme épouse, parce qu’elle donnera au monde l’Emmanuel, «Dieu avec nous», qui apporte la paix au monde.

Un don à travailler chaque jour

Le Pape s’est arrêté sur cette expression de la liturgie : «que nous tous puissions croître dans l’unité et dans la paix». «Croître» parce que, a-t-il souligné, la paix est un don qui «a son chemin de vie» et donc chacun doit «travailler» pour le faire se développer.

«Et ce chemin de saints et de pécheurs nous dit que nous aussi nous devons prendre ce don de la paix et en faire une voie dans notre vie, le faire entrer en nous, le faire entrer dans le monde. La paix ne se fait pas d’un jour à l’autre ; la paix est un don, mais un don qui doit être pris et travaillé chaque jour. Pour cela, nous pouvons dire que la paix est un don qui devient artisanal dans les mains des hommes. Faire un pas chaque jour vers la paix, c’est notre travail», a insisté le Pape François.

Guerre dans les cœurs, guerre dans le monde

Mais comment on peut réussir dans cet objectif ? Dans la liturgie du jour, a-t-il indiqué, il y a une autre parole clé qui parle de «petitesse». Celle de la Vierge, et aussi celle de Bethléem, «aussi petite qu’elle soit sur les cartes géographiques».

«La paix est un don, un don artisanal que nous devons travailler, tous les jours, mais le travailler dans les petites choses, dans les petitesses quotidiennes», a martelé le Saint-Père. Les grands manifestes pour la paix ou les grandes rencontres internationales, si après on ne fait rien, ne suffisent pas. La paix se fait dans les petites choses. Ainsi, «tu peux parler de la paix avec des paroles splendides, faire une grande conférence… Mais si dans ta petitesse, dans ton cœur, il n’y a pas de paix, si dans ta famille il n’y a pas de paix, si dans ton quartier il n’y a pas de paix, si dans ton poste de travail il n’y a pas de paix, si dans ton poste de travail il n’y a pas de paix, il n’y en aura pas non plus dans le monde.»

La question à se poser

Il faut demander à Dieu, a suggéré le Pape, la grâce de «la sagesse de faire la paix, dans les petites choses de chaque jour, mais en pointant l’horizon de toute l’humanité», justement aujourd’hui, alors que «nous sommes en train de vivre une guerre et tous demandent la paix». Et donc, a conclu François, il sera bien de partir de cette question : «Comment est ton cœur, aujourd’hui ? Est-il en paix ? S’il n’est pas en paix, avant de parler de paix, met ton cœur en paix. Comment va ta famille aujourd’hui ? Elle est en paix ? Si toi tu n’es pas capable de faire avancer ta famille, ton presbyterium, ta congrégation, fais-la avancer en paix, les paroles de paix pour le monde ne suffisent pas… Ceci est la demande qu’aujourd’hui je voudrais faire : comment est le cœur de chacun de nous? Il est en paix ? Comment est la famille de chacun de nous ? Elle est en paix? C’est comme ça, non? Pour arriver au monde en paix.»

Auvidec Média/Pape François/Radio Vatican

Dès sa naissance, la psychologie a puisé dans les spiritualités indiennes pour développer certaines théories et thérapies. Ces emprunts respectent-ils le sens des concepts indiens ? Serions-nous en présence d’une forme subtile de colonialisme ? Croiriez-vous que, pour certains spécialistes du bouddhisme, ces emprunts libres puissent même constituer une menace à la survie de cette religion en Occident ? Ce constat n’est pas gratuit, et il importe d’y réfléchir.

Vers la fin du xixe siècle, au moment où naissait la psychologie moderne, la notion d’inconscient se développait dans un contexte déjà influencé par la découverte alors récente des philosophies indiennes. Une quarantaine d’années plus tard, la psychologie des profondeurs s’est intéressée au yoga tantrique ; puis dans les années 1960, la psychologie transpersonnelle a vu dans le yoga une technique thérapeutique. Après une première vague correspondant aux premières applications cliniques du behaviorisme et une deuxième vague qui coïncide avec l’avènement de la psychologie cognitiviste, on parle maintenant d’une troisième vague de thérapies visant la réduction du stress par l’utilisation du concept de pleine conscience (mindfulness) en référence à la vipassanâ, un élément à l’intérieur d’une méditation bouddhique plus complexe.

À l’origine de cette technique de méditation, on retrouve Jon Kabat-Zinn, un professeur émérite de médecine qui a fondé et qui dirige encore la Clinique de réduction du stress et le Centre pour la pleine conscience en médecine de l’Université médicale du Massachusetts. Ses recherches thérapeutiques portent sur les interactions esprit/corps, et sur diverses applications cliniques d’entraînement à la méditation de la pleine conscience par des personnes atteintes de douleur chronique et/ou de désordres associés au stress. Kabat-Zinn affirme que, même si elle est d’origine bouddhique, la méditation de pleine conscience n’est qu’une forme particulière d’attention et est donc en tant que telle universelle. Dans les milieux qui appliquent cette technique, on tient à préciser qu’il ne s’agit pas d’une démarche religieuse, mais d’une pratique laïque. L’efficacité de la technique de pleine conscience aurait été prouvée par des recherches expérimentales menant au développement d’un programme de réduction du stress. Nous sommes donc en présence d’une technique de méditation extraite en fait d’une tradition religieuse asiatique, mais sans référence aucune à la conception de l’être humain sur laquelle cette technique s’appuie. Lorsqu’on prétend effacer du bouddhisme sa dimension religieuse, c’est l’autonomie et la supériorité de l’approche scientifique que l’on affirme. C’est pourquoi certains auteurs parlent de « bricolages psychospirituels dans la médecine mentale ». Malgré des résultats statistiques probants, cette technique peut-elle faire comme si elle était apparue dans l’asepsie d’un laboratoire, et faire abstraction totale des présupposés sur laquelle elle repose ?

Les indianistes, spécialistes de la culture indienne, ne reconnaissent plus la vision du monde qu’ils étudient dans la traduction qu’en fait une certaine psychologie. Pour ces spécialistes qui tentent de comprendre la psychologie indienne en resituant le plus fidèlement possible le sens des mots utilisés dans leur contexte d’origine, le discours psychologique occidental déforme le sens de certains concepts. L’histoire semble donc se répéter : l’Occident réduit l’Orient à sa mesure, l’amputant de ce qui le caractérise, tout en prétendant s’enrichir de son savoir et de sa sagesse. La psychologie gagnerait à réviser sa connaissance des psychologies traditionnelles de l’Inde, de façon à se faire une image moins simpliste de cette civilisation et à mieux comprendre les notions véhiculées à l’intérieur des spiritualités dont elle s’inspire plus ou moins consciemment.

Pour certains spécialistes et pratiquants du bouddhisme, la popularité de la pleine conscience n’est pas une preuve du succès de cette religion en Occident. Au contraire, en rejetant ses racines religieuses, en découpant le bouddhisme en parcelles ou en le réduisant en techniques de bien-être et en conseils de vie quotidienne, on aboutit à une forme de narcissisme qui risque d’éloigner la personne du bouddhisme réel, une voie de libération de l’existence conditionnée. Le succès apparent des techniques de mindfulness est une voie de facilité qui fait que moins de gens sont prêts à s’engager dans de longues retraites. On préfère de courts séminaires, peut-être pour ne pas courir le risque d’entrer dans ce qui constitue l’essence même du bouddhisme. Pour d’autres, la concurrence que fait la pleine conscience au bouddhisme pourrait être paradoxalement une excellente façon de préserver la tradition bouddhique des faussaires de tous ordres. Reste à voir ! On peut se demander pourquoi une pleine conscience qui prétend porter attention aux expériences internes ou externes du moment présent aurait avantage à occulter l’origine et l’impact de ses emprunts. Y aurait-il là contradiction avec l’esprit de la troisième vague thérapeutique qui prétend faire la promotion de l’acceptation et de l’engagement ?

Pour en savoir plus :

  • Bédard, Alexandre, « La psychologie occidentale au contact de l’Inde : les enjeux d’une appropriation précipitée. », Laval théologique et philosophique, 692 (2013), p. 191–217.
  • Cornu, Philippe, Patrick Cicognani, Eric Rommeluère et Fabrice Midal, « Le bouddhisme occidental à la croisée des chemins. », Ultreïa!, 09, automne 2016, p. 64-101.
  • Garnoussi, Nadia, « Le Mindfulness ou la méditation pour la guérison et la croissance personnelle : des bricolages psychospirituels dans la médecine mentale », Sociologie 2011/3, Vol. 2, p. 259-275.

Auvidec Média/CROIR/Université Laval

Pape François

L’Espérance est un chemin difficile, mais elle ne déçoit pas : le Pape l’a rappelé lors de l’audience générale, qu’il a tenue dans la salle Paul VI, le 28 décembre 2016. Radio Vatican rapporte que poursuivant son cycle de catéchèse sur l’espérance chrétienne, le Pape a longuement évoqué la figure d’Abraham, qui malgré sa vieillesse et l’âge avancé de sa femme, Sarah, crut « contre toute espérance » en la Parole de Dieu qui lui promettait un fils.

Manuella Affejee précise les propos du Pape. L’espérance est « cette capacité de croire au-delà des raisonnements humains, de la sagesse et de la prudence du monde pour croire en l’impossible. Elle ouvre de nouveaux horizons, rend capables de rêver ce qui n’est même pas imaginable ». « L’espérance est une belle vertu, assure le Pape, mais elle est également un chemin difficile ». Abraham l’a d’ailleurs expérimenté, lui qui a quitté sa terre natale, sa maison, ses familles, pour aller dans le pays indiqué par Dieu ; Dieu qui lui avait promis une descendance nombreuse. Pourtant les années passent, le fils tant attendu ne vient pas et le « sein de Sarah reste fermé dans sa stérilité ».

Abraham crie alors son découragement à Dieu, il se lamente avec le Seigneur. Et c’est ce qu’il nous enseigne : « se lamenter avec le Seigneur peut être une forme de prière ». Car la foi, précise François, « n’est pas un silence qui accepte tout sans répliquer ». « Et l’espérance n’est pas une certitude qui mettrait à l’abri du doute ou de la perplexité ; elle ne dispense pas de voir la dure réalité, ni d’en accepter les contradictions ».

Abraham se tourne donc vers Dieu, pour qu’Il aide à continuer d’espérer. Et Dieu maintient sa promesse, Il lui répète ce qu’Il lui avait déjà dit. Abraham n’a d’autre choix que de continuer à croire la parole du Seigneur et espérer. Dieu le fait sortir de sa tente, et dans la nuit, lui montre les étoiles du Ciel. Dans la foi, ces étoiles deviennent, pour Abraham, « le signe de la fidélité de Dieu ».

Auvidec Média/Manuella Affejee/Radio Vatican

Si, au cours de l’été, il vous a semblé croiser un nombre croissant de personnes absorbées par leur téléphone intelligent et vous être dit qu’ils cherchaient religieusement à capturer des Pokémon, cela aurait pu être une simple impression. Toutefois, croiriez-vous que les Pokémon aient effectivement une origine religieuse ?

Il est vrai que les adeptes de l’application pour téléphones intelligents Pokémon Go parlent dans un langage qui leur est propre, passent des heures à chercher avec dévotion leurs créatures, et font partie d’une communauté de joueurs qui se rassemblent à l’occasion pour partager leur quête. Expérience religieuse que celle de capturer des Pokémon ? Pour y voir plus clair, un retour sur l’origine de ces êtres fantastiques s’impose. 

C’est un Japonais du nom de Satoshi Tajiri qui s’est inspiré de son amour d’enfance pour les insectes pour créer ces personnages. Toutefois, l’influence de la mythologie japonaise y demeure toujours perceptible. Dans le shintoïsme, la religion la plus ancienne du Japon, le monde est habité par des milliers de dieux que l’on nomme kami. Lorsque ces kami sont nourris et bien traités, ils portent chance dans les affaires, les études et la santé. Si on les néglige, ils se retournent contre ceux qu’ils jugent responsables de leur malheur pour assouvir leur désir de vengeance. Le parallèle entre ces kami (et d’autres divinités apparentées) et les Pokémon est évident : ils habitent tous les arbres, les rivières, les roches et le ciel. De plus, dans Pokémon Go, lorsqu’ils reçoivent de la nourriture et de l’encens, les Pokémon demeurent fidèles à leur maître et leur accordent des points et des pouvoirs spéciaux. Dans le cas contraire, ils peuvent fuir ou résister à leur capture. 

Mais attention ! Bien que l’histoire des Pokémon soit teintée de shintoïsme, il n’en reste pas moins que le nouveau phénomène a aussi une visée technologique et économique puisque des produits dérivés et des applications payantes se sont développés autour du jeu. 

Quand des jeunes se retrouvent par centaines à Versailles ou à l’Oratoire St-Joseph en quête d’êtres mystérieux, à la frontière entre le réel et l’imaginaire, n’est-il pas légitime de se demander vers quel monde basculent leurs croyances ?

Pour en savoir plus :

Tobin, Joseph Jay, ed., Pikachu’s Global Adventure : The Rise and Fall of Pokémon (Durham: Duke University Press, 2004).

« If Pokémon Go feels like a religion, that's because it kind of is », https://www.theguardian.com/technology/2016/jul/12/pokemon-go-addictive-gameshares-much-with-religious-devotion, consulté le 16 sept. 2016.

« L’ossuaire de Douaumont est une arène Pokémon », http://www.lematin.ch/faits-divers/chasseurs-pokemon-s-affrontent-lossuairedouaumont/story/18352054, consulté le 16 sept. 2016.

«Marae Arahurahu : quand Pokémon Go s’invite sur un lieu sacré » http://www.tntv.pf/Marae-Arahurahu-quand-Pokemon-Go-s-invite-sur-un-lieusacre_a13218.html, consulté le 16 sept. 2016.

« Auschwitz reminds people its ‘disrespectful’ to play Pokemon Go at a former Nazi death camp », http://metro.co.uk/2016/07/14/auschwitz-reminds-people-its-disrespectful-to-playpokemon-go-at-a-forme

Auvidec Média/Alain Bouchard, Coordonnateur du Centre de ressources et d'observation de l'innovation religieuse​ (CROIR)

Nous connaissons l’entretien de Jésus avec la Samaritaine. L'Église nous propose ce récit au 3e dimanche de Carême A. Saint Jean est le seul à relater cette rencontre personnelle de deux regards, de deux désirs, de deux soifs. Le récit se développe en trois étapes : le puits, le mari de la Samaritaine et les croyances des Samaritains. Je m’attarderai au puits et à la soif de Jésus.

Donne-moi à boire

En plein midi, Jésus, fatigué et assoiffé, brave les interdits de l’époque en s’adressant à une Samaritaine qui est venue puiser de l’eau au puits de Jacob. « Donne-moi à boire » (Jean 4, 7). Il a peut-être formulé ce désir profond du cœur à son Père dans ses oraisons de nuit. Il reprendra ce cri sur la croix : « J’ai soif » (Jean 19, 28).

Jésus demande à boire, mais seule la foi de la Samaritaine pourra étancher sa soif. Relisez bien le récit et vous verrez que Jésus ne sera pas altéré physiquement. Sa soif est ailleurs, ce qu’évoque la Préface de la prière eucharistique de ce dimanche : « En demandant à la Samaritaine de lui donner à boire, Jésus faisait à cette femme le don de la foi. Il avait un si grand désir d’éveiller la foi dans son cœur, qu’il fit naître en elle l’amour même de Dieu ».

Jésus révèle à la Samaritaine la vérité profonde qui l’habite : sa dignité d’enfant de Dieu. L’amour inconditionnel de Jésus la fait exister aux yeux d’elle-même, des autres et de Dieu. Son regard change; elle se voit comme Jésus la voit. Elle reçoit le « don de Dieu », l’eau vive de la Parole et de l’Esprit qui fait renaître. « Laissant là sa cruche » (Jean 4, 28), elle désaltère Jésus en annonçant aux gens du village son identité profonde de Messie.

Nous étanchons aussi la soif de Jésus quand nous adorons le Père en esprit et en vérité, quand nous pratiquons les œuvres corporelles et spirituelles de miséricorde envers les plus petits. Sainte Teresa de Calcutta affirmait que pour entendre Jésus dire « j’ai soif » dans le cœur des pauvres, il fallait d’abord l’écouter dans le silence de notre cœur.

De la petite Thérèse à Mère Teresa

En écrivant le livre J’ai soif, où je montre les liens qui existent entre Thérèse de Lisieux et Mère Teresa, j’ai découvert à quel point Jésus a soif de nous, de notre amour. Il se cherche des amis qui s’ouvrent aux flots de tendresse qui sont réprimés dans son cœur parce que cet amour n’est pas accueilli comme il le devrait. « L’Amour n’est pas aimé », disait François d’Assise.

Mère Teresa dévoile à notre époque la soif de Jésus pour chacun et chacune de nous. Les paroles « J’ai soif » sont écrites sur le mur de toutes les chapelles des Missionnaires de la Charité. À l’exemple de la Samaritaine, Mère Teresa a étanché la soif de Jésus par sa foi aimante et contagieuse. La religieuse a compris, à la suite de son modèle Thérèse de Lisieux, que Jésus désire aimer et être aimé par nous. La soif d’amour et des âmes explique la vocation et la mission de la sainte de Calcutta.

Le récit de la Samaritaine nous invite à accueillir Jésus qui vient à notre rencontre dans l’exclu, qui veut être désaltéré dans le plus faible, qui désire se donner à nous dans la prière et l’adoration. En éprouvant de l’intérieur la soif que nous avons pour Jésus, nous pouvons mieux saisir la soif que Jésus a pour nous. Une soif infinie, à la mesure sans mesure de son amour miséricordieux.

Prière

Seigneur Jésus, ta soif est infinie comme ton amour.

Tu demandes à boire à la Samaritaine,

mais tu as surtout soif de son âme, de sa foi.

Tu attends un oui de sa part pour toucher son cœur

par l’eau vive de ta parole et de ton Esprit.

 

Aujourd’hui, tu frappes à ma porte et tu veux entrer.

Viens, mon Dieu, je suis prêt, je t’invite à ma table.

Tu as un grand désir de partager ta Pâque avec moi.

Donne-moi ton corps et ton sang pour combler ma faim,

ainsi j’étancherai ta soif de te donner, de rayonner.

 

Tu arrives avec la puissance de ta miséricorde

pour me pardonner, me guérir, me relever.

Tu me connais et tu m’aimes tel que je suis,

j’accueille les flots de tendresse que tu répands

dans ma prière de pauvre et mon service imparfait.

 

Fais que je te voie dans les personnes assoiffées

qui cherchent le bonheur et la paix loin de toi.

Donne-moi la grâce de te toucher dans l’autre

qui est malade, étranger, prisonnier, exclu.

Merci pour ta soif d’amour qui me révèle le cœur du Père.

Ce texte est paru dans Prions en Église Canada, 19 mars 2017.

Pour aller plus loin : J’ai soif. De la petite Thérèse à Mère Teresa (Parole et Silence).
Mon carême avec sainte Teresa de Calcutta (Groupe Artège).

Auvidec Média/Jacques Gauthier, auteur, http://www.jacquesgauthier.com/

Jusqu’à récemment, j’estimais la nature comme le stade le plus bas de l’être. Je me plaisais à insister sur la faible qualité de l’être dans la matière. La matière n’était qu’un pâle reflet des lumières successivement plus brillantes qui nous sont accordées à mesure de notre évolution spirituelle.

Ainsi, comme l’illustre l’Ancien Testament avec l’échelle de Jacob, nous accédons au paradis par des degrés – barreaux d’échelle – vers la Maison du Père. Saint Paul parle de voiles que la grâce de Dieu nous permet d’enlever un par un, pour nous retrouver ultimement dans la joie de la Lumière divine.

Ce n’est pas faux. Mais pas tout à fait vrai. Un article de Crisis Magazine[1] m’a éclairé sur la valeur toute positive de la matière. Citation : “Physicist John Archibald Wheeler put it this way, “Every physical quantity derives its ultimate significance from bits, binary yes-or-no indications.”

C’est donc que la substance dont est faite la matière n’est pas matérielle. Elle est structurée très exactement comme le langage informatique de bits 0-1, oui-non. L’intime matière diffère de la matière en tant que nous la percevons.

Il en va de même de notre corps. Nos cellules sont remplacées plusieurs fois au cours de notre vie. Pourtant, cette multiple activité n’a pas d’effet mesurable sur les instructions qui gouvernent notre activité cellulaire ni sur le stockage mnémonique, ni sur nos convictions ni sur nos aspirations. Bref, il existe un ordre supérieur à la matière et ses divers agissements. L’idée de la Gestalt nous éclaire sur ces niveaux multiples : LE TOUT EST PLUS GRAND QUE LA SOMME DE SES PARTIES. Entendons : de nature différente. D’un niveau d’existence supérieur à la réalité qu’elle organise.

Saint Jean rejoint la même intuition. Les premiers mots de son Évangile l’impliquent : « au commencement était le Verbe. Et le Verbe était Dieu. »

Traduisons dans le présent contexte : Au commencement était l’Organisateur de l’univers. Cet Organisateur est pur langage. Le Psaume 19[1], verset 2 le traduit en termes de louanges : « Les cieux racontent la gloire de Dieu, le firmament proclame l'œuvre de ses mains. » Dieu est LANGAGE. C’est pour cette raison que, créés à l’image de Dieu, c’est le niveau de langage qui nous distingue des animaux. Nous pouvons ainsi accéder à un élément qui transcende le monde qui nous entoure : LA VÉRITÉ.

[1] 18 novembre 2016. Disponible sur internet.

[1] Ancien psaume 18.

Auvidec Média/Michel Frankland, auteur, chroniqueur

Nos contacts sont tissés en mille et une manières. Mais l’attitude qui en découle provient d’une de deux sources seulement. Elle est inspirée par Dieu ou de Satan.

Inspirée par Dieu, La charité est patiente, cherche à réconforter, à rendre l’autre heureux. « Arrête de te critiquer. Il est normal d’être distrait après une nuit d’insomnie ! » Elle croit dans l’ultime décence de toute personne. Quels sont les desseins du Père sur l’autre ? Et en quoi puis-je collaborer à leurs accomplissements ?  Ces questions arrosent le fond de l’inconscient chrétien et le fait fleurir. Elles viennent rarement à la conscience. Ce qui est le propre d’une attitude.

Inspirée par Satan, elle cherche comment heurter, déstabiliser, créer des conflits. Parmi ses armes préférées se trouve la moquerie. L’orgueil veut d’abord abaisser et se gausser de constater comment l’autre perd la face. Quel spectacle amusant ! Cherchons sous la cuirasse de l’autre comment le tourner en ridicule devant le groupe. Un visage sardonique au sourire méprisant marque le triomphe de la méchanceté.

Il y a un mystère de l’amour de Dieu ;  il y a aussi un mystère du mal. Ce sont deux attitudes qui s’entrecroisent dans la communauté. Mais leurs effets témoignent de leur différence radicale et opposée.

Auvidec Média/Michel Frankland, auteur et chroniqueur 

Avez-vous déjà pensé vous convertir au jediisme ? Ou encore, seriez-vous tenté de devenir un disciple d’Albus Dumbledore, ou de vous mettre en quête de l’anneau comme Frodon ? Si, pour plusieurs d’entre vous, ces histoires font partie de la sphère de la fiction et du divertissement, il n’en demeure pas moins que ces œuvres de culture ont donné naissance à de réels mouvements religieux. Croiriez-vous que la ligne à tracer entre fiction et religion soit si mince ?

Comment un personnage comme Yoda peut-il jouer un rôle similaire à celui d’un prophète et être à l’origine d’une religion ? C’est à cette question que s’attaquent actuellement certains chercheurs en sciences des religions. Comme la fiction postule, au même titre que la religion, l’existence d’une réalité au-delà de la réalité ordinaire, on peut comprendre qu’une interrogation existentielle du type de celle qui provoque une conversion religieuse puisse aussi surgir à l’occasion d’une rencontre avec une œuvre de fiction. Le Petit Robert définit la science-fiction comme un « genre littéraire qui fait intervenir le scientifiquement possible dans l’imaginaire romanesque ». On pourrait aussi la définir comme un espace de réflexion sur le sens de la vie à la lumière tamisée de la science. Or, dans ce type de production artistique, il arrive que la science prenne explicitement le relais de la religion. L’Espace se voit alors conférer les attributs du Ciel des religions : les extraterrestres sont comme des dieux, supérieurs à l’homme, dotés de pouvoirs extraordinaires et de la capacité de sauver l’humanité. La seule différence est que ces attributs se manifestent alors dans un contexte technologique : le char de feu devient un vaisseau spatial, l’éclair est remplacé par le rayon laser. Ce contexte surnaturel est un terreau propice à l’émergence de nouvelles religions. L. Ron Hubbard (1911-1986), le fondateur de l’Église de scientologie, était d’ailleurs à l’origine un écrivain de science-fiction. On trouve, en contexte indien, un exemple où le cinéma engendre véritablement un culte.

Santoshî Mâ, la « Dame de la Satisfaction », c’est-à-dire Celle qui satisfait ses dévots, n’aurait pu être que l’une des nombreuses manifestations locales de la Grande Déesse hindoue. Certains temples mineurs lui avaient été consacrés dès les années 1960, mais c’était très localement avant qu’un film de Vijay Sharma la rende célèbre à partir de 1975 et la propulse soudain au rang d’une des déesses les plus connues de l’Inde actuelle. On y raconte l’histoire d’une femme qui, en honorant cette déesse, a réussi à sortir sa famille du malheur. Santoshî Mâ se célèbre le vendredi : il suffit de redire son histoire, de rappeler ses miracles, et de ne prendre qu’un seul repas cette journée-là. Son culte est peu onéreux et s’adresse à tous, riches et pauvres. Santoshî Mâ se contente d’offrandes de sucre brut et de pois chiches; les mets acides la rendent féroce et sont à éviter. Certains temples ont changé de nom pour profiter de sa popularité. En novembre 2015, une nouvelle série télévisée en hindi est même apparue à Delhi dans laquelle cette déesse est célébrée comme un symbole d’amour, de satisfaction, de pardon, de bonheur et d’espérance. On a l’impression qu’un véritable culte s’est créé sous nos yeux, particulièrement bien adapté à la vie d’aujourd’hui.

À la lumière de ces exemples, la question qui se pose est la suivante : comment distinguer une œuvre fictive d’une œuvre à caractère religieux ? En fonction de quels critères ? Alors que les films de fantaisie se succèdent au box-office et que les ouvrages de science-fiction font fureur dans les librairies, quelques rares sociologues et théologiens se penchent sur la question. On a émis plusieurs hypothèses pour tenter de clarifier le statut de ces œuvres contemporaines qui ont suscité l’engouement de nouveaux « croyants ». Certains chercheurs ont notamment identifié dix « mécanismes de véracité » permettant de reconnaître les religions dignes de ce nom. Selon les résultats des recherches, pour qu’un texte ait un usage religieux, il doit entre autres avoir un cadre référentiel soutenu, de même qu’une structure de plausibilité. Les textes doivent aussi être empreints de la culture dont ils sont issus et peuvent intégrer des éléments surnaturels comme des anges ou des personnages dotés de pouvoirs extraordinaires. Une grande partie de l’analyse tient aussi compte des intentions de l’auteur. Les ambitions de J. K. Rowling, l’auteure de la saga Harry Potter, sont certes plus faciles à connaître que celles des évangélistes des premiers siècles de notre ère !  Mais ces intentions restent un critère ardu et difficilement vérifiable dans le cas des textes anciens.

Un fait intéressant : les œuvres récentes qui ont davantage marqué un public avide de spiritualité délaissent les institutions religieuses pour valoriser la spiritualité individuelle. D’autres études misent sur un nouveau concept, celui de « religiosité moderne », censé englober sans distinction textes religieux et textes de fiction. Ces chercheurs n’entendent pas juger de la valeur historique littérale d’un texte, mais simplement mettre en évidence sa capacité à rendre le monde meilleur. Simple question d’interprétation ? Les religions ne seraient-elles qu’une réflexion construite à partir de fictions ? On n’est paradoxalement pas si loin de la critique qu’adresse par exemple le bouddhisme à toute construction mentale et, en particulier, à tout ce qui relève de la religion.

Pour en savoir plus :

  • Lutgendorf, Philip, « Jai Santoshi Maa Revisited : On Seeing a Hindu “Mythological” Film », dans S. Brent Plate (éd.), Representing Religion in World Cinema, New York, Palgrave Macmillan, 2003, p. 19-42.
  • Bainbridge, William S., « Science and Religion: The Case of Scientology. », In D. G. Bromley and P. E. Hammond (eds.), The Future of New Religious Movements, Macon: Mercer University Press, 1987, 59–79.
  • Markus Altena Davidsen, « Fiction and religion: how narratives about the supernatural inspire religious belief – introducing the thematic issue », Religion, 46:4, 2016, 489-499.

Auvidec Média/CROIR/Université Laval

Le Vatican, siège du gouvernement de l’Église catholique romaine, est aussi le plus petit état du monde, en taille et en population. Son architecture particulière, de même que la richesse de ses musées (dont fait entre autres partie la chapelle Sixtine) font de la cité du Vatican un arrêt touristique incontournable. On pourrait croire que la crise économique qui affecte vivement l’économie italienne ait épargné ce haut lieu du catholicisme… Pourtant, les cardinaux font face à un dilemme de taille. Croiriez-vous que la chaîne de restauration rapide McDonald’s envisage d’ouvrir une succursale à quelques pas de la place Saint-Pierre ?

Dimanche midi : angélus du pape, fidèles qui s’entassent sur la place Saint-Pierre le regard tourné vers le balcon en attente de la bénédiction du pontife. Mais combien de temps encore avant que l’odeur de sainteté qui embaume ce magnifique temple ne se combine à un parfum de frites et de hamburgers ? Peut-être pas si longtemps ! En effet, une succursale du populaire restaurant McDonald’s pourrait bientôt ouvrir ses portes à distance de marche de la basilique Saint-Pierre.

La question fait réagir. Les avis sont partagés. Certes, plusieurs cardinaux ont manifesté leur désaccord avec un projet commercial qui, selon eux, nuirait à l’unité architecturale et culturelle du lieu, en plus de provoquer certains désagréments d’ordre olfactif. Il faut dire que ces opposants habitent la plupart dans le bâtiment qui accueillerait le restaurant. Les cardinaux n’auraient pas à déménager, mais bien à partager l’immeuble avec ces nouveaux locataires. Il faut dire que de nombreux commerces présents dans la cité du Vatican ont dû, plus ou moins récemment, fermer en raison de difficultés économiques. Ce fut le cas notamment d’une librairie renommée, qui sera bientôt remplacée par rien de moins qu’un Hard Rock Cafe. La multinationale McDonald’s offre de verser un loyer supérieur à celui normalement requis pour la location du local, en plus de payer intégralement les frais liés à la restructuration d’une partie de l’édifice à des fins commerciales. Même si certains prétendent que cet argent pourrait servir à financer la mission de l’Église en Océanie, d’autres sont plutôt d’avis que le Vatican vend son âme au diable.

Dans sa Divine comédie, chef-d’œuvre de la littérature mondiale,  Dante Alighieri (1265-1321) fait du cistercien Bernard de Clairvaux le guide vers la vision suprême de Dieu au Paradis. C’est dire qu’il le considérait comme le mystique accompli des rapports de l’âme avec Dieu. Cette reconnaissance du poète italien exprime l’influence posthume de saint Bernard. Les prédicateurs ont abondamment utilisé ses écrits, il en est resté quelque chose dans la littérature et les arts.  

Interlocuteur des rois et des papes, saint Bernard, docteur de l’Église fêté le 20 août, reste un moine authentique et un écrivain spirituel hors pair dont la foi ardente au Christ n’est pas cérébrale. Contemplatif dans l’action, sa prédication jaillit de son oraison intérieure. Elle attise dans l’âme le feu de l’amour divin pour que cette flamme entraîne d’autres chercheurs à sa suite. Ses œuvres mystiques révèlent une vie spirituelle intense, une science théologique sûre et un grand pouvoir d’attraction qui marqueront les générations à venir.

Une expérience positive de la foi

Dans le contexte de la chevalerie, Bernard de Clairvaux demeure un combattant spirituel qui cherche à conquérir le ciel par l’amour. Car ce moine passionné est doué pour aimer. Son expérience intime de Dieu est fondée sur l’amour, comme on le voit dans son œuvre de maturité : Sermons sur le Cantique des Cantiques. Il commente ce chant nuptial en décrivant l’union mystique de l’âme avec Dieu. Il parle de Dieu et à Dieu en utilisant le langage de l’amour passionnel bien avant les poètes et les romanciers. L’âme solitaire devient un sanctuaire sacré dans lequel se manifeste l’amour de Dieu.

Bernard a une vision nettement optimiste de l’être humain. Créé à l’image de Dieu, l’homme est capable par nature de s’unir à Dieu en l’aimant. Même le verbe humain garde en lui une trace de cette ressemblance avec le Verbe divin. Plus on aime Dieu, plus on veut le connaître, pour l’aimer davantage ; et plus on le cherche, plus on le trouve, pour le chercher davantage. Cet amour est connaissance et expérience; il oriente l’affectivité et éclaire la pensée, sans séparer la théologie de la spiritualité.

C’est là un apport important du saint moine de ne pas couper la théologie de la spiritualité, mais de les intégrer dans une expérience de foi qui rend compte du mystère de l’amour divin vécu comme une histoire de grâce. Cette expérience spirituelle vécue en communauté est un lieu théologique où le Père se dit en son Fils dans l’Esprit.

Le pape émérite Benoît XVI consacra son audience générale du 21 octobre 2009 à saint Bernard en insistant sur l’union entre théologie et foi. « On prétend parfois résoudre les questions fondamentales sur Dieu, sur l'homme et sur le monde à travers les seules forces de la raison. Saint Bernard, au contraire, solidement ancré dans la Bible, et dans les Pères de l'Eglise, nous rappelle que sans une profonde foi en Dieu alimentée par la prière et par la contemplation, par un rapport intime avec le Seigneur, nos réflexions sur les mystères divins risquent de devenir un vain exercice intellectuel, et perdent leur crédibilité. La théologie renvoie à la "science des saints", à leur intuition des mystères du Dieu vivant, à leur sagesse, don de l'Esprit Saint, qui deviennent un point de référence de la pensée théologique. Avec Bernard de Clairvaux, nous aussi nous devons reconnaître que l'homme cherche mieux et trouve plus facilement Dieu avec la prière qu'avec la discussion ».

Connaissance de soi et de Dieu

Pour Bernard, le ministère dans l’Église et la communauté monastique se matérialise dans une hiérarchie de services. La hiérarchie n’a pas d’autre finalité que de faciliter la conversion des âmes par l’amour en les guidant dans la vie de l'Esprit. C'est pourquoi l’abbé de Clairvaux est si exigeant envers les pasteurs. Dans son traité Aux clercs, sur la conversion, il s'exclame : « Comment Dieu confierait-il ses brebis tant aimées à celui qui serait incapable d'aimer ? » On croirait entendre le pape François.

Pour aimer Dieu et les autres, il faut se connaître soi-même. C’est l’une des originalités de la pensée de Bernard de ne pas opposer connaissance de soi et expérience personnelle de Dieu. Il ne craint pas de parler au « je » dans ses écrits, d’exposer ses sentiments. Le renoncement à soi passe d’abord par l’acceptation de soi. L’ascèse consiste alors de ne pas refouler les sentiments, mais de les connaître pour bien discerner s’ils nous rendent libres pour aimer et nous unir au Verbe. La méfiance cède alors le pas à la confiance.

La théologie bernardine dilate le cœur à la beauté du Verbe fait chair où l’âme assoiffée d’amour devient l’épouse de l’Époux. Ce Verbe a épousé l’humanité, il peut donc visiter l’âme, ou l’Église, de la manière qu’il veut, quand il veut et où il veut. Son irruption dans l’expérience personnelle se fait directe et sensible, affirme Bernard, à l’image de Notre Dame, auquel il est le troubadour inspiré. Sa dévotion envers la Vierge Mère lui commande d’écrire ses premières œuvres, car c’est par elle que nous allons sûrement au Verbe.

Docteur du désir

Bernard de Clairvaux est l’homme du XIIe siècle. Sa doctrine, comme ses actes, reflète les inspirations complexes d’une nature mystique et contemplative, prompte à s’irriter contre tout ce qui peut éloigner de Dieu. Il a prêché la seconde croisade, non par choix, mais par obéissance au pape. Il s’est opposé à Abélard, non par goût, mais parce que ses amis le lui ont demandé. On le considère comme le dernier des Pères de l’Église par sa connaissance amoureuse de la Bible, de la liturgie et de la tradition. Il est aussi l'instigateur de ce qu'on a appelé "l'art cistercien", où la pierre et les mots réfléchissent comme dans un miroir la lumière et le silence.

Le talent d’écriture du saint moine est indéniable. Sa connaissance est plus mystique qu’intellectuelle. Il recherche le beau, corrige les mots, au même titre que les maux de l’âme, dans un souci de perfection. Il sait penser en images, accordant de l'importance aux symboles, aux histoires, aux témoignages. Pour lui, la recherche de Dieu se fait non seulement par une écoute attentive de sa parole, mais par la contemplation de son visage qui est visible dans le Christ: « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9).

Saint Bernard, docteur du désir, bien avant Freud et Lacan, a trouvé dans le langage de l’amour et de la prière le support de la sainteté, l’expression de sa théologie. En le lisant, j’entends le Verbe qui me parle dans le souffle d’un fin silence. Je ne peux lui répondre que par la prière de louange, en écho à celle du saint moine, l’adorateur ébloui du Verbe.

« La véritable contemplation se reconnaît à ceci qu’en attisant dans l’âme le violent incendie de l’amour divin, elle lui inspire un tel désir d’amener à Dieu d’autres âmes aimantes, qu’elle interrompt avec joie la paix de l’oraison pour s’adonner au labeur de la prédication. Et en retour, une fois ses vœux comblés, elle rentre en elle-même avec d’autant plus de ferveur qu’elle se souvient d’avoir quitté sa retraite plus utilement. Puis, ayant goûté à nouveau le plaisir de la contemplation, elle revient à son œuvre conquérante avec son élan habituel et un courage redoublé. » (Bernard de Clairvaux, Sermons sur le Cantique des Cantiques, 57. 9, traduction Albert Béguin).

Cet article est tiré d'un livre à paraître en 2017 sur saint Bernard dans la collection « Les grandes figures de la spiritualité chrétienne », coédition Le Figaro et Les Presses de la Renaissance.

Auvidec Média/Jacques Gauthier, théologien, auteur

Oui, bien sûr, suivre Jésus dans ses commandements, en se centrant sur sa vie exemplaire. Le classique L’Imitation de Jésus-Christ en constitue l’illustration.

Mais l’expression prend un sens plus juste quand on cherche l’essentiel : l’amitié avec Jésus. Paul insiste sur ce niveau spirituel, en particulier dans ses épitres aux Éphésiens et aux Philippiens. L’amitié entre nous découle naturellement de « l’amitié profonde de Jésus. »

Amitié mouvante, sinueuse. Vous voilà, un bon soir, habité par cette certitude tranquille du lien de foi avec lui. Et la tempête arrive bientôt le lendemain. Nous n’avions fait que bivouaquer. Jésus nous enjoint de reprendre la route. « M’aimes-tu pour vrai ? » – comme dans « Pierre, m’aimes-tu ? », question insistante formulée trois fois au premier pape.

Jésus veut tout à la fois nous consoler et nous amener plus près des réalités spirituelles, dont l’atteinte plénière brûlerait notre être, car nous sommes encore pleins de scories. Il est tout près de nous, mais bientôt Il disparait. Il n’a jamais été si proche. L’amitié qu’il nous propose exige notre cheminement. Un approfondissement dans la foi. Par son infini respect envers nous, Il veut que nous puissions au fond de nous-mêmes.

Il n’y a rien de plus personnel pour nous que l’amitié profonde de Jésus. Au double sens d’une sollicitation de nos forces intérieures et de la grâce pénétrante de sa présence intime.

Auvidec Média/Michel Frankland, auteur, chroniqueur

Cet automne, lorsque vous verrez les oies se diriger vers le Sud pour l'hiver dans leur vol typique en « V », vous pourrez vous demander ce que la science a découvert au sujet de cette façon caractéristique de voler. À chaque battement d'aile de chaque oiseau un courant d’air ascendant est créé pour l’oiseau qui suit immédiatement à l’arrière. En volant en « V », tout le voilier d’oies augmente d’au moins 71% la distance du vol que chaque oiseau aurait en volant seul.
Si une oie sort de la formation, elle ressent soudainement le poids et la résistance d’essayer de faire route seule et rapidement elle revient en formation pour profiter de la force ascendante de l’oiseau devant elle.

Si nous avons autant de bon sens qu’une oie, nous resterons en formation avec ceux qui dirigent dans la même direction que nous. Lorsque l’oie de tête est fatiguée, elle se replie dans l’aile et une autre prend sa place à la pointe. 

Il est très sensé de prendre son tour dans les tâches exigeantes avec nos semblables tout comme les oies blanches volant vers le Sud. Les oies d’en arrière crient constamment pour encourager celles d’en avant à maintenir leur vitesse et leur endurance. Quel est notre message lorsque nous crions d’en arrière?

Finalement et cela est important, lorsqu’une oie est malade ou blessée par un coup de fusil et qu’elle tombe hors de la formation, deux autres oies se dégagent du voilier et la suivent jusqu’en bas pour lui apporter de l’aide et la protéger. 
Elles restent avec l’oie blessée jusqu’à ce qu’elle puisse voler à nouveau ou qu’elle meure, seulement à ce moment-là, elles repartent par elles-mêmes ou avec un autre voilier afin de rejoindre leur propre groupe.

Si nous avons tous le bon sens d’une oie, nous nous soutiendrons les uns les autres.

Auvidec Média/Centre Afrika

J’arrive de vacances aux Îles de la Madeleine, situées dans le golfe du Saint-Laurent. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais c’est souvent difficile de "faire oraison" lorsqu’on est ailleurs. C’est déjà un défi et un combat d’être fidèle au temps d’oraison durant l’année, alors quand l’horaire est chamboulé durant l’été, le cœur à cœur silencieux avec le Seigneur en prend souvent un coup. Eh bien, à la rentrée, il n’est jamais trop tard pour reprendre. Ce qui est cool avec la prière, c’est que nous pouvons toujours recommencer. Elle est sans cesse un départ, non une arrivée. Comme l'écrivait Madeleine Delbrêl dans Alcide: "Si tu crois que le Seigneur vit avec toi, partout où tu as la place de vivre, tu as la place de prier. Si tu vas au bout du monde, tu trouves la trace de Dieu; si tu vas au fond de toi, tu trouves Dieu lui-même".  

J’aime bien me représenter l’oraison, appelée aussi prière contemplative, comme un chemin intérieur de miséricorde par lequel Dieu vient vers moi. Plus qu’un simple rite à accomplir, elle est d’abord une expérience à vivre. J’ai déjà consacré plusieurs articles à ce sujet dans l’école de prière du blogue. L’expression « faire oraison » est d’ailleurs ambiguë. Il est plus juste de dire que nous nous livrons à l’oraison. En effet, nous ne faisons rien dans cette forme de prière silencieuse, sinon être là, simplement. Nous nous offrons au Seigneur dans le recueillement, désirant vivre une attention amoureuse à son mystère. « Parle, Seigneur, car ton serviteur écoute » (1 S 3, 9) !

Le temps que nous donnons à Dieu dans l’oraison lui appartient totalement. Il en fait ce qu’il veut. L’oraison varie selon les jours, mais celle que nous vivons aujourd’hui est celle qui nous convient, puisque c’est Dieu qui nous la donne au moment présent. Il sait ce qui est bon pour nous. Ce que nous avons à faire, c’est de prendre la décision ferme d’être là chaque jour, à heure fixe si possible, pour Dieu seul, présents à sa présence, puisqu’il est toujours là.

Dieu nous précède sans cesse, il est toujours le premier arrivé à l’oraison comme dans notre vie. Nous y allons parce que le Seigneur le veut. « Le Maître est là, il t’appelle. » (Jn 11, 28). Il nous cherche et il se laisse trouver par nous. Il veut que nous lui donnions tout avec joie, surtout notre incapacité à prier, nous pauvreté à nous recueillir lorsque les distractions nous assaillent. Dieu seul suffit, que nous soyons dans la sècheresse ou l’ivresse.

L’important dans l’oraison est de vouloir durer. Nous nous abandonnons au Dieu qui est, qui était et qui vient. Nous lui remettons ce que nous avons et ce que nous sommes. Nous consentons à sa présence en nous pour mieux nous unir au Fils dans la foi. La contemplation de son amour est toujours un don que nous recevons de Dieu, sans mérite de notre part. C’est alors que nous devenons de plus en plus intimes avec le Christ et que nous portons une réelle attention aux autres.

Du temps gratuit pour Dieu

L’oraison n’est pas séparée de nos activités quotidiennes. Mais il est bon de choisir un temps précis dans la journée pour prier; c’est un temps gratuit pour Dieu. Nous choisissons une posture confortable qui dispose le corps à l’attention à Dieu. Nous utilisons un mot-prière qui favorise le recueillement et exprime l’intention de consentir à la présence de Dieu en nous. Ce mot peut être "Jésus", "Amour", "Abba", que l’on répète intérieurement, sans effort et avec douceur. Nous plongeons dans l’acceptation de la volonté du Père en nous. Il nous prend toujours là où nous sommes afin de nous conduire où il veut. Faisons-lui confiance.

Plus nous aimons dans la journée, mieux nous prions. Nous marchons sous le regard de Dieu autant dans la vie quotidienne que dans l’oraison. Ce n’est pas se retirer de la vie que de se reposer en Dieu, mais la rendre plus féconde. Le repos de la prière contemplative nous fait prendre conscience que nous nous agitons souvent pour des choses qui ne sont pas si nécessaires. En ce sens, l’oraison est efficace parce qu’elle féconde l’action de son poids d’amour.

En tant qu’être de relation, je me reçois du Père dans la prière profonde qui me relie à son Fils dans une expérience de communion, non de fusion. L’Esprit peut me donner la grâce de m’oublier, de me perdre de vue dans cette nuit, dirait Jean de la Croix, où je ne sais plus prier. Le Père voit alors son Fils en moi. Il me transforme en sa beauté pour que je sois moins épris de moi-même et un peu plus de lui. 

Pour aller plus loin : la parution en poche de Expérience de la prière (Parole et Silence, 2016); et la nouvelle édition de mon Guide pratique de la prière chrétienne (Presses de la Renaissance, 2015)

Auvidec Média/Jacques Gauthier, théologien, auteur

Le 10 février 2017, la maison de sondage CROP présentait ainsi les résultats de l’une de ses recherches : « un des sondages de notre équipe nous a permis d’observer que 40 % des Canadiens croient davantage à la version de la Bible où Dieu créa la terre et la vie en six jours qu’aux théories évolutionnistes de Darwin et autres ». Croiriez-vous que cet intérêt soudain des Canadiens pour le créationnisme puisse être lié à la façon dont l’enquête a été menée ?

La formulation de la question pourrait en effet être un des facteurs expliquant ce surprenant résultat. Voici comment cette question a été formulée :

« Depuis quelques années, on assiste à un débat sur l’origine de la vie et même de la terre. Certains croient que la terre et la vie sur terre furent créées par Dieu (ou votre notion de « dieu » si vous n’êtes pas de religion chrétienne) en quelques jours, selon ce qui est enseigné par la bible ou d’autres textes religieux. D’autres croient plutôt que la terre existe depuis des milliards d’années et que la vie y est apparue sous forme de cellules et a évolué jusqu’à nous. Lequel des deux points de vue êtes-vous le plus porté(e) à croire ? »

Si l’on regarde la formulation de la première partie de la question, on y discerne un problème majeur. Le « créationnisme » dont il est ici question est restreint à l’une des conceptions possibles. À titre d’exemple, les Témoins de Jéhovah qui croient que le monde a été créé par Dieu, mais pas en six jours terrestres, ne peuvent qu’hésiter à répondre à cette question. D’autres créationnistes adhèrent à la théorie du Big Bang et croient que Dieu est présent dans la source d’énergie qui fut libérée par l’explosion primordiale. Pour ces créationnistes, la structuration de la matière est le résultat d’un dessein intelligent planifié par Dieu. Encore ici, ces personnes ne peuvent s’identifier à aucun des points de vue présentés. Et il y a ceux qui acceptent la création par Dieu, mais lui donnent un sens symbolique ou l’interprètent comme une façon mythique de signifier que Dieu est l’ultime responsable de toute vie. On peut donc supposer que la formulation de la question est susceptible d’influencer les réponses. Une autre raison pouvant expliquer des résultats si élevés est qu’on a peut-être oublié que les sondages mesurent une réponse à une question donnée, et non la réalité des croyances de la population visée.

Les recherches sur les croyances religieuses nous ont appris que le concept même de croyance est fort complexe. La maison de sondage CROP, tout comme plusieurs personnes d’ailleurs, présente la croyance comme un choix précis entre deux pôles exclusifs. La réalité est tout autre. Dans God from the Machine, William Sims Bainbridge, sociologue et directeur du Science and Engineering Information Integration and Informatics Program à la National Science Foundation des États-Unis, a utilisé des simulations informatiques d’intelligence artificielle pour modéliser la croyance. Bainbridge a fait la démonstration que la croyance répond mal à un modèle dichotomique du type « vrai ou faux », mais à des probabilités d’agir qui varient à l’intérieur d’une myriade de combinaisons d’idées particulières. Au lieu de croire à un dogme en particulier, les gens ont des sentiments qui varient du positif au négatif face à un ensemble de doctrines en fonction d’une situation concrète vécue à un moment donné. C’est ainsi que, dans certaines enquêtes, on a pu recueillir des propos apparemment contradictoires du type « J’y crois lorsque j’écoute X-Files » ou « Je ne crois pas aux fantômes, mais j’en ai peur ». Face à une question complexe ou embrouillée, au lieu de s’enfermer entre deux pôles rigides, les gens ont parfois tendance à utiliser la boutade. À titre d’exemple, lors du recensement de 1991, pour dire au gouvernement du Royaume-Uni que la question d’appartenance religieuse leur semblait une intrusion dans la vie privée, des répondants se sont inventé comme religion le Jediisme (de Jedi de la série Star Wars). Et si les « créationnistes » canadiens n’avaient dit oui que pour se débarrasser de la question… On peut ajouter que les attentes sociales ont peut-être également joué un rôle.

Malgré des chiffres qui remettent en question toutes les enquêtes sur les croyances au Canada, étonnamment, l’analyse des résultats sur le blogue de la maison de sondage exprime une opinion négative face aux croyances religieuses que partage une bonne partie de la population :

« De tels résultats nous laissent certainement pantois ! […] Ces individus se sentent dépassés par le monde dans lequel on vit. Ils y perçoivent des menaces personnelles, ainsi qu’une perte de repères. […] Je crois sincèrement que des ponts devront être faits avec ces populations en difficulté d’adaptation. »

Pourtant, plusieurs recherches ont montré que la croyance n’est pas le signe d’une difficulté de socialisation, ou ne marque pas nécessairement qu’une étape dans la vie, mais fait plutôt partie d’une quête d’identité et est l’expression d’un certain niveau de participation sociale. L’ancien premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, aimait souvent dire que « les statistiques sont aux économistes ce que le lampadaire est à l’ivrogne, elles servent davantage à appuyer qu’à éclairer ». Et si c’était aussi le cas de cette analyse ? Les résultats du sondage pourraient être dus à la forme du sondage et à la façon dont celui-ci a été reçu. Si l’on dit que le diable est dans les détails, les sondages signifient parfois que Dieu adore le flou !

Pour en savoir plus :

  • Giguère, Alain, « 40 % des Canadiens croient que la vie sur Terre a été créée en 6 jours (Le préambule idéal pour l’introduction de l’Or du Rhin de Wagner!) », 10 février 2017, http://www.crop.ca/fr/blog/2017/137/, consulté le 23 février 2017.
  • Bainbridge, William Sims, God from the Machine: Artificial Intelligence Models of Religious Cognition, Cognitive Science of Religion Series, Lanham, MD, AltaMira Press, 2006.

Auvidec Média/CROIR/Université Laval        

Depuis les attentats de New York en 2001 et de Londres en 2005, on dit couramment que le monde a changé. Le loup serait maintenant dans la bergerie. Pour contrer cet ennemi intérieur et le vent de panique qui secoue encore le monde occidental, les États ont mis en place des observatoires de la radicalisation ou des centres de déradicalisation. On tente souvent d’expliquer la radicalisation comme l’aboutissement d’un processus de lavage de cerveau, même si ce concept n’est pas reconnu des sciences humaines et que les centres de désendoctrinement font actuellement un constat d’échec. Mais si la réalité était plus complexe… Croiriez-vous que, dans ce cas également, on peut dire avec le philosophe canadien Marshall McLuhan que le message, c’est le médium ? Avant d’aborder cette question, découvrons quelques aspects méconnus du jihadisme.

Les études d’itinéraires de jihadistes européens révèlent que, contrairement à l’idée reçue, c’est la violence qui mène à la radicalisation. En effet, 80 % des responsables d’attaques terroristes en Europe avaient un passé criminel. Autre surprise révélée par ces enquêtes : la majorité de ces jihadistes n’avaient reçu aucune éducation religieuse. Ces chiffres corroborent ceux d’une enquête auprès des cégépiens du Québec qui observait que la pratique religieuse n’était pas un élément déclencheur de la radicalisation violente et que ceux qui déclaraient n’avoir aucune religion soutenaient davantage la radicalisation violente que ceux qui se réclamaient du christianisme ou de l’islam. En fait, ces jihadistes sont en majorité de jeunes délinquants, immigrés de seconde génération, dépolitisés, désocialisés et dé-culturalisés. Rejetant un environnement confus, désenchanté et sans horizon, ils mettent leurs désirs de violence au service d’une cause et ont l’impression de passer de zéro à héros. Ce rejet est particulièrement vrai du côté des femmes, qui voient dans leur adhésion à l’État Islamique (ÉI) une façon de faire de l’aide humanitaire tout en dénonçant un Occident corrompu qui exploite les plus fragiles, les plus démunis et qui transforme le corps de la femme en marchandise. On peut donc parler d’une délinquance instrumentalisée à des fins douteuses. Mais serions-nous aussi en présence d’une image du jihadiste délinquant tout aussi instrumentalisée ?

Dans un essai fort stimulant qui nous a inspiré le titre de ce billet, Olivier Moos réfléchit à l’esthétique de la propagande de l’ÉI. L’étude de ces messages révèle une culture du divertissement de masse centrée sur l’ego. Cette propagande jihadiste mobilise une véritable industrie répartie en 48 centres en mesure de produire des documentaires, des vidéos, des photos reportages et même… des rapports annuels ! L’esthétique des images que crée cette industrie n’est pas sans rappeler les productions cinématographiques d’Hollywood. Les jeunes djihadistes sont présentés comme des héros imaginés sur le modèle du Luke Skywalker de La Guerre des étoiles. L’analyse révèle que plus de 15 % du matériel produit (films, séries TV, jeux vidéo et clips musicaux) est directement inspiré de la culture populaire, des imitations plus ou moins réussies de films comme La Matrice et V pour Vendetta, ou de jeux vidéos comme Call of Duty. L’environnement dans lequel on fait évoluer ces jihadites est luxuriant (piscine, 4x4, AK47, portables…), à l’image des rappeurs clinquants qui affichent leur réussite sociale. C’est la « McDonaldisation » de l’extrémisme aux référents globalisés. Nous sommes en présence de ce qu’Olivier Roy appelle un religieux déculturé, déterritorialisé. Sans foi, ni loi; sans lieu, ni référence, il suffit pour le héros de faire ce qu’il doit faire, sans se poser de question. « Just do it », comme le proclame la publicité de la compagnie de vêtements de sport Nike. Pas surprenant que se développe un « Jihad-look » avec ses T-shirts et ses sweatshirts affichant le logo de l’ÉI. Prêt-à-porter et prêt-à-croire se rejoignent donc. L’image jihadiste devient un marqueur identitaire, un label qui distingue et qui crée une communauté. Impossible de ne pas en conclure que le prix exorbitant d’un sac Prada cache en fait une valeur ajoutée d’ordre social; l’ÉI se comporte de façon identique quand il demande au jeune de payer du prix de son sang une reconnaissance internationale.

La radicalisation est un phénomène complexe qu’on ne peut ramener à des formules magiques simples. Mais parmi toutes les dimensions de ce phénomène, l’analyse du branding de l’ÉI rappelle que ces jeunes jihadistes ne sont pas si loin de nous et de nos préoccupations. Ces jeunes partagent une bonne part de la culture contemporaine et espèrent, comme plusieurs d’entre nous, avoir accès à un monde meilleur où ils seront enfin reconnus. AK47 et Prada : même combat ?

Pour en savoir plus :

  • Moos, Olivier, « Le jihad s’habille en Prada – Une analyse des conversions jihadistes en Europe », Cahier de l’Institut Religioscope, n° 14, août 2016, 40 p. http://www.religioscope.org/cahiers/14.pdf consulté le 14 novembre 2016.
  • Rédaction - Terrorisme.net, « Colloque : comment interpréter l’engagement terroriste et la radicalisation ? », http://www.terrorisme.net/2016/11/12/colloque-comment-interpreter-lengagement-terroriste-et-la-radicalisation/ consulté le 16 novembre 2016.
  • Rousseau, Cécile et collab., Le défi du vivre ensemble : Les déterminants individuels et sociaux du soutien à la radicalisation violente des collégiens et collégiennes au Québec, Montréal, SHERPA, 2016, 61 p. http://bit.ly/2fnhM1b consulté le 28 octobre 2016.
  • Roy, Olivier, La sainte ignorance : le temps de la religion sans culture, Paris, Éditions du Seuil, 2008.

Auvidec Média/Centre de ressources et d'observation de l'innovation religieuse​ (CROIR)/Université Laval

Un des rôles fondamentaux de la femme est de civiliser l’homme.

Pensons au côté mal équarri, aux manières rustaudes, des policiers avant l’accession des femmes dans cette fonction. De même au foyer, l’homme quitte la taverne, ou la « caverne de la gang » pour devenir un mari, un père de famille. Ma conviction, mon expérience, me certifient que la femme y joue un rôle crucial. Pas seulement comme un des membres de l’équipe que constitue l’union d’un homme et d’une femme, mais aussi parce que la femme assure d’instinct une permanence qui stabilise l’aspect activiste, voire aventureux, du mâle.

Pierre Perreault, dans la préface de sa pièce poétique « Au cœur de la rose », le formule finement : « Autrement que par les filles, rien ne dure. » Le terme « éternel féminin » revêt un sens autrement plus plénier que la connotation « romantique à l’eau de rose » propre à certaines revues clinquantes. D’ailleurs, les compagnies d’assurance ne s’y sont pas trompées : le mari, pour une même assurance, paie nettement moins cher que le célibataire de même âge.

Il est paradoxal qu’un certain mouvement féministe veut nier à la femme sa féminité pour la rendre « égale à l’homme. » On cherche ainsi, pour des motifs ultimement destructeurs, à dépouiller la femme des vertus qui assurent l’épanouissement de la famille, des enfants, et de la société entière.

Auvidec Média/Michel Frankland, auteur, chroniqueur

Radio Vatican indique que la tentation était au coeur de l’homélie du Pape François lors de sa messe quotidienne à Sainte-Marthe. Celui qui veut servir le Seigneur doit se préparer à la tentation a dit le Saint-Père en revenant sur l’Évangile de Saint-Marc, où Jésus annonce sa mort à ses disciples, mais eux restent dans la peur de l’interroger.

Le Pape explique : Les disciples voulaient servir le Seigneur, le suivre, mais ne savaient pas que la route du service était aussi exigeante, que ce n’était pas une « œuvre de bienfaisance ». En chemin, les disciples discutaient pour savoir qui était le plus grand, mais n’osèrent pas répondre à Jésus quand celui-ci leur demanda le sujet de leurs discussions.

Depuis les débuts de l’Église, le Pape a souligné que la tentation de la mondanité est là, y compris dans les diocèses et dans les paroisses : « qui est le plus grand ? etc… » c’est là que réside la « chaîne des péchés ».

Le Pape a donc invité à ne pas « s’agripper ». La voie du Seigneur n’est pas celle de la vanité ni de la mondanité, une mondanité qui est une tentation même pour les évêques a-t-il rappelé. Le Saint-Père a ainsi exhorté les fidèles à toujours savoir demander au Seigneur la « grâce de pouvoir s’énerver quand nous nous trouvons dans ces situations », expliquant qu’il s’agissait d’une sainte colère. Jésus renverse en effet la logique de pouvoir en expliquant à ses disciples que celui qui veut être le premier devienne le serviteur inutile, c’est pour cela qu’il place un enfant au milieu d’eux. 

Le Pape a enfin demandé que l’on prie pour l’Église, « pour nous tous, pour que le Seigneur nous défende des ambitions, des mondanités et du sentiment de se sentir plus grand que les autres ».

Auvidec Média/Pape François/Radio Vatican

La prière en latin au Saint Esprit, Veni Sanctae Spiritus, contient cette afffirmation : « Et renovabis faciem terrae ».

Elle me réjouit. Elle rappelle un aspect essentiel de la vie chrétienne. Son caractère sain. La vie chrétienne n’a rien de doloriste. Le sacrifice dont parle Jésus ne se rapporte pas au visage émacié, animé par un secret masochisme. Le sacrifice consiste justement à rendre sacré, plus vital. Jésus précise : « La vie en abondance. » La vie chrétienne est d’abord une vie majorée. Nietzche remarque qu’il serait plus normal que les chrétiens aient l’air plus sauvés.  L’Esprit de Dieu nous rénove par un surcroit de santé globale. Sainteté, santé, deux termes complémentaires et ultimement synonymes.

Deux inférences. Ce surcroit de santé suscite naturellement en nous une profusion d’amitié pour les gens que nous rencontrons. Une sympathie qui, prenant directement racine dans l’amour trinitaire, n’en est que plus humaine, plus simplement authentique.

La deuxième inférence se rapporte au temps. Les vierges folles ne sont pas d’abord en retard. Elles ont plutôt abusé du temps alloué, symbolisé par la lampe qui brule. Comme on dit « bruler la chandelle par les deux bouts. » Forme subtile d’orgueil, elles décident de chambouler à leur guise le déroulement que Dieu a inscrit dans la nature. Alors que la fidélité au temps qui nous est imparti procure cette plénitude où le temps cesse d’être seulement une succession chronologique ; c’est déjà la plénitude, « la vie en abondance ».

Quelle joie !

Auvidec Média/Michel Frankland, auteur, chroniqueur

Mère Teresa de Calcutta sera canonisée à Rome le 4 septembre durant l’Année sainte de la miséricorde. Elle se présentait ainsi, non sans humour : «De sang, je suis albanaise, de citoyenneté, indienne ; de religion, catholique ; par ma mission, j’appartiens à tout le monde ; mais mon cœur n’appartient qu’à Jésus».

N’être qu’à Jésus

La spiritualité de la sainte de Calcutta pourrait se résumer en trois mots : Tout pour Jésus. «Only for all Jesus», répétait-elle souvent, comme une devise inscrite en son cœur. Elle ne voulait rien refuser à Jésus, comme Thérèse de Lisieux, qu’elle avait lue plus jeune. Elle l’avait choisie pour homonyme parce qu’elle faisait des choses ordinaires avec un amour extraordinaire.

Agnès Gonxha Bojaxhiu naît le 26 août 1910 de parents albanais à Skopje en Macédoine. Son père Nikolle meurt subitement lorsqu’elle a neuf ans. Sa mère Drana va s’occuper de la famille qui compte trois enfants. Son désir d’être tout à Jésus croît avec les années et l’entraîne à devenir postulante à dix-huit ans chez les Sœurs de Notre-Dame de Lorette. Elle part pour Dublin apprendre l’anglais et commence son noviciat en Inde. Elle prononce ses vœux définitifs le 24 mai 1937.  

En 1944, elle est nommée directrice de l’école où elle enseigne. Elle montre par l’exemple que c’est l’intensité de l’amour que nous mettons dans nos gestes qui les rendent beaux aux yeux de Dieu.

Étancher la soif de Jésus

En septembre 1946, elle est envoyée au couvent de Lorette à Darjeeling pour sa retraite annuelle. Le 10 septembre, pendant son voyage en train, elle ressent un fort attrait intérieur à se donner complètement au service des plus pauvres. Le message est sans ambiguïté; elle doit quitter le couvent et se consacrer entièrement aux pauvres en allant vers les trous obscurs des bidonvilles. Elle considèrera ce jour, célébré plus tard sous le nom de « jour de l’inspiration », comme la date de naissance des Missionnaires de la Charité.

En août 1948, à l’âge de trente-huit ans, elle dépose l’habit des sœurs de Lorette et prend le sari blanc avec bordure bleue et croix sur l’épaule. En 1952, elle fonde un hospice pour les mourants, symbole de sa mission de compassion et de joie envers les plus démunis. Les médias commencent à s’intéresser à elle, le monde la découvre, de nouvelles fondations de sa communauté naissent un peu partout.

«I thirst» : «J’ai soif». Ce cri de Jésus en croix est écrit sur les murs des chapelles des Missionnaires de la Charité. C’est le pivot de l’action de Mère Teresa et la raison d’être de la Congrégation. Elle l’écrit clairement, le 25 mars 1993, aux membres de sa congrégation : «Pour moi, il est très clair que tout chez les Missionnaires de la Charité vise uniquement à étancher la Soif de Jésus. La Soif de Jésus est le foyer, le point de convergence, le but de tout ce que sont et font les Missionnaires de la Charité. »

Si le but est clair, le moyen pour y arriver l’est autant : se donner aux autres, spécialement ceux et celles qui sont affamés, malades, nus, prisonniers, étrangers. C’est à eux que le Christ s’identifie. «Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait» (Mt 25, 40).

La nuit de la foi

Mère Teresa veut aimer jusqu’au bout malgré de grandes ténèbres intérieures qui dureront une cinquantaine d’années. Elle est configurée au Christ, participant à sa Passion dans son âme. En juillet 1959, elle parle de ses ténèbres au père Picachy. « Les ténèbres sont si sombres – et je suis seule. – Indésirable, abandonnée […] Où est ma foi ? – Même au plus profond, tout au fond, il n’y a rien d’autre que le vide et l’obscurité. – Mon Dieu – qu’elle est douloureuse, cette souffrance inconnue. Cela fait mal sans cesse. »

Son sourire cache une multitude de douleurs. Tout est obscurité en elle. Elle partage le cri ultime de Jésus sur la Croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné »? (Mt 27, 47). Elle traverse ainsi le XXe siècle en se sentant solidaire des pauvres et des rejetés qui cherchent dans la nuit une lumière, une espérance, un sens. Le 6 mars 1962, elle écrit au père Neuner ces mots prophétiques : « Si jamais je deviens sainte – je serai certainement une sainte des « ténèbres ». Je serai continuellement absente du Ciel – pour allumer la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres sur terre ».

La foi chrétienne n’est pas d’abord une doctrine ou une morale, c’est un toucher et une rencontre. Toucher l’être humain, c’est toucher le corps du Christ; aimer l’un, c’est aimer l’autre. Tel a été l’exemple de la sainte de Calcutta qui n’a cessé dire au monde que le manque d’amour est la plus grande pauvreté et la plus terrible solitude. Elle reçoit le prix Nobel de la paix en 1979.

Mère Teresa meurt à Calcutta le 5 septembre 1997 à l’âge de 87 ans. Elle laissait derrière elle 4,000 sœurs et 550 frères, répartis dans 517 missions de 120 pays. Elle est béatifiée six ans plus tard par Jean-Paul II. Le pape François la canonisera à Rome le 4 septembre 2016. Sa fête liturgique au calendrier romain est fixée le 5 septembre.

Auvidec Média/Jacques Gauthier, poète et théologien, a écrit J’ai soif. De la petite Thérèse à Mère Teresa.

www.jacquesgauthier.com

Saviez-vous que le mot « ordinateur » est un terme emprunté au vocabulaire de la théologie ? Il vient du latin ordinator qui désigne « celui qui règle, qui dirige », et s’applique en particulier à Dieu en tant qu’« ordonnateur » de l’univers, celui qui met de l’ordre dans le monde. En raison des pouvoirs qu’on lui prête, l’ordinateur a fait en quelque sorte dès l’origine concurrence au Dieu de la religion. Croiriez-vous que, maintenant, certains chercheurs pensent qu’Internet représente la plus grande menace que les religions organisées n’aient jamais rencontrée ?

Depuis le début du troisième millénaire, dans les enquêtes réalisées sur la situation des religions dans le monde, on voit monter la cote de l’irréligion. Aux États-Unis, en 1990, 8 % de la population n’avait pas de préférence religieuse, alors qu’en 2010, ce chiffre est passé à 18 %. En France, en 1990, 11 % des gens se déclaraient sans religion, alors qu’en 2012 il y en avait 35 %. Au Canada, en 1991, ce pourcentage était de 13 %, et de 24 % en 2011. Une étude du Pew Forum réalisée en 2015 confirme la tendance : les personnes sans religion devraient être plus nombreuses que les chrétiens d’ici 2050. Comment expliquer une telle transformation ? Un chercheur américain pense que l’usage d’Internet serait en partie responsable de cette augmentation. Selon ce chercheur, 25 % de la progression de l’irréligion serait attribuable à la chute de l’éducation religieuse dans les familles, 5 % serait due à la hausse du niveau d’éducation, et Internet en serait responsable à 20 %. L’utilisation d’Internet diminuerait les chances de développer une appartenance religieuse, en plus d’accroître chez les personnes déjà croyantes le risque de se détacher de leur religion. Si les hypothèses présentées partagent un lien de corrélation avec la diminution des croyances religieuses observée chez l’individu, elles n’impliquent pas nécessairement un lien de causalité et il demeure difficile de cerner précisément les raisons d’un tel phénomène social.

Internet met à la disposition de ses utilisateurs une véritable encyclopédie. Ces utilisateurs, qu’ils y soient préparés ou non, se voient confrontés à une multitude de faits, de nouvelles et de données. Or, il est parfois ardu de distinguer le vrai du faux, comme le suggère la croissance récente en nombre et en popularité des « fausses nouvelles ». Les résultats produits par un moteur de recherches ne sont pas aléatoires, les premiers sites qui apparaissent comme résultat d’une recherche sur une religion quelconque sont plus souvent négatifs que positifs. Ainsi, un croyant qui doute de sa propre religion entrera facilement en contact par Internet avec d’autres personnes qui vivent la même situation. La liberté d’expression que permettent les médias sociaux donne aussi l’opportunité à des individus de s’exprimer publiquement sur un sujet et sans filtrage.

Autre argument simple, mais pertinent : chaque heure passée sur Internet est une heure qu’on ne consacre pas à d’autres activités. S’il est vrai qu’une pratique religieuse a besoin, pour se développer et durer, d’un certain temps, voire d’une routine, on peut supposer que le fait de passer sur la Toile un temps démesuré signifie indirectement que l’on rogne sur une période qui pourrait être réservée à la religion. 

D’autres recherches tendent au contraire à montrer que ces nouveaux moyens de communication rejoignent des générations plus jeunes, peu susceptibles d’entrer autrement en contact avec des mouvements religieux. La présence de chefs religieux sur les réseaux sociaux, notamment celle du pape François qui appelle les chrétiens à aller vers les périphéries, milite dans le même sens.

Malgré cette accessibilité, le contrôle institutionnel sur le contenu des échanges sur les réseaux sociaux et sur les types de questions utilisées dans les recherches sur le Web reste impossible. On assiste donc à une transformation de l’affiliation traditionnelle dans le sens d’une « exploration religieuse » orientée par les algorithmes des moteurs de recherche. Résultat : en 2004, l’Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours a dû mettre fin à la pratique de garder le secret sur le port de sous-vêtements sacrés par les fidèles, parce que quelqu’un avait mis de ces sous-vêtements en vente sur… eBay ! Toujours dans la même Église, on observait dernièrement qu’Internet créait plus d’apostats que de convertis, ce qui a incité les autorités à émettre une mise en garde à l’intention de ses membres.

Récemment, plusieurs organisations religieuses ont dénoncé la distraction que représentait l’utilisation des tablettes et des téléphones cellulaires lors des offices. Mais une menace encore plus grande semble menacer l’autorité religieuse elle-même. À titre d’exemple, la nouvelle application mobile Confession permet de faire la liste de tous vos péchés et de les effacer d’un seul clic. Comme si le virtuel prenait le contrôle du spirituel ! On peut avoir l’impression que l’ordinateur met la religion à l’ordre ! À quand la communion des saints via Skype ou l’élection d’un pape sur SurveyMonkey ?

Pour en savoir plus :

Auvidec Média/CROIR/Université Laval

 

Si plusieurs doutent de la possibilité d’arrimage harmonieux entre religion et technologie, c’est qu’ils n’ont pas encore entendu parler du phénomène de l’heure au Japon : croiriez-vous qu’on puisse commander un prêtre sur Amazon ?

Le Shintô est la religion indigène du peuple japonais. Il est ici essentiel de bien saisir le rapport entre le Shintô et ses prêtres, et l’on nous permettra de citer à ce sujet les précisions de Michael Pye, un spécialiste reconnu des religions du Japon : « Littéralement, le Shintô signifie ‟la voie des kami”, c’est-à-dire la voie des dieux ou des esprits. Les kami sont des figures mythiques dont les récits sont contés dans le Kojiki  et le Nihongi, des forces de la nature de toute sorte qui habitent les montagnes, les forêts, les sources et les rivières, etc. […] Dans le Shintô, le sacré est donc localisé à l’intérieur d’un espace bien défini. […] Les principaux rituels associés au Shintô sont d’une part la purification des hommes et, d’autre part, les offrandes aux kami. Le rituel de purification, accompli par un prêtre shintoïste, est censé provoquer la disparition de l’impur (kegare) né des avanies de la vie quotidienne, et de plus, dans un sens positif, une clarification de l’esprit humain, c’est-à-dire, une purification des attitudes et des motivations » (Pye, 2002/3, 54-55). Le prêtre shintoïste est donc une personne qui connaît les rites susceptibles d’agir sur les forces surnaturelles, en particulier à l’occasion de la mort.

L’obosan-bin – le service de livraison de prêtres à domicile – révolutionne présentement le marché des services funéraires dans un Japon déjà à la fine pointe de la technologie. Le fonctionnement est simple : les clients peuvent réserver les services d’un prêtre par l’entremise de la plate-forme Amazon et sélectionner un forfait approprié à leurs besoins. Les défenseurs de cette pratique, néanmoins controversée, affirment que, de cette façon, le prix à payer est fixé à l’avance. La commande en ligne permet de plus à de nombreux Japonais qui ne fréquentent pas régulièrement le temple d’avoir tout de même accès à des services religieux et de maintenir vivante de cette façon une tradition qui tend à s’affaiblir auprès des nouvelles générations. Légitime, ce commerce ? Il fait en tous cas surgir des questions de fond concernant les pratiques religieuses : les services d’un prêtre sont-ils comparables à ceux de n’importe quel autre professionnel ? Et si tel est le cas, doit-on les taxer ?

Un certain imaginaire collectif suppose d’emblée que la technologie et la religion sont tout à fait irréconciliables, alors qu’ici les deux réalités semblent faire bon ménage. Loin de nous l’idée de lancer un débat sur le sujet : les opinions concernant la légitimité de cette nouvelle forme de marché du religieux sont déjà partagées. Il nous semblait toutefois pertinent de soulever la question. Les différentes Églises du Canada ne semblent pas prêtes à emboîter le pas aux religions japonaises. Il est tout de même permis de rêver : aimeriez-vous commander votre curé sur internet ?

Pour en savoir plus :

Auvidec Média/Centre de ressources et d'observation de l'innovation religieuse​/CROIR/Université Laval

Dans un passionnant article intitulé Nul n’est prophète : Malraux et son fameux « XXIe siècle », Brian Thompson, professeur à l’université du Massachusetts (Boston) examine sous toutes ses coutures l’œuvre d’André Malraux et ses interventions médiatiques pour faire la lumière sur la citation probablement la plus galvaudée de l’auteur de La condition humaine. Malraux a-t-il prédit que le XXIe siècle serait religieux, serait spirituel, ou serait mystique?

La première conclusion de Brian Thompson est que Malraux se gardait bien de prédire quoi que ce soit et aurait même confié à un de ses amis à la fin de sa vie « Préparez-vous à l'imprévisible ». Ce qui ne veut pas dire qu’il ne se soit jamais prononcé sur ce qu’il considérait comme souhaitable ou même probable pour un siècle dont il savait au moins avec quasi-certitude que, né en 1901, il ne le verrait pas. Dans une interview pour Le Point en 1975, il affirme même « On m'a fait dire que le XXIe siècle sera religieux. Je n'ai jamais dit cela, bien entendu, car je n'en sais rien. Ce que je dis est plus incertain. Je n'exclus pas la possibilité d'un événement spirituel à l'échelle planétaire ». Et voilà le mot « spirituel » qui s’invite au débat.

Ce débat n’est pas nouveau. Selon le journaliste André Frossard dans Le Point en 1993, Malraux lui aurait dit : « Le XXIe siècle sera mystique ou ne sera pas », phrase qui est devenue, dans Entrez dans l’Espérance (1994), sous la plume de Jean-Paul II à qui Frossard l’avait sans doute citée, « André Malraux avait certainement raison de dire que le XXIe siècle serait religieux ou ne serait pas ». Brian Thompson affirme pour sa part : « J’ai eu l’occasion de rencontrer Malraux pour la première fois en 1972 à Verrières-le-Buisson pour une interview préparée par des questions et des réponses écrites. Il m’a dit que nous étions la première civilisation dans l’histoire du monde à ne pas avoir de centre, de transcendance, qui l’informe en tant que civilisation. Très sensible à l’avancée de la technologie moderne et à ses dangers dans notre ère nucléaire, il s’inquiétait pour l’avenir d’une telle civilisation sans centre, sans transcendance, et c’est là où il m’a dit : “Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas” ».

Il n’est donc pas impossible que Malraux, ayant fait plusieurs déclarations de ce genre, les voyant citées comme des horoscopes, les ait récusées afin de ne pas être pris pour un prophète.

Mais la question est-elle vraiment de savoir ce que Malraux a vraiment dit ou de s’interroger plutôt sur la pertinence du sens général de sa pensée? Pour bien des historiens des cultures et des religions, comme Mircea Eliade, c’est presque une vérité de La Palice que d’affirmer qu’une civilisation privée de transcendance n’est pas plus viable qu’une roue sans moyeu. Or, toujours selon Brian Thompson, Malraux a aussi déclaré lors d’une interview accordée en 1969 : « Notre civilisation sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale ou elle se décomposera ». On peut difficilement être plus cohérent et clair!

Laissons donc l’aspect sémantique bien secondaire du débat sur la citation exacte de Malraux au sujet du XXIe siècle pour n’en retenir que l’essentiel, à savoir que le matérialisme technocratique horizontal obsessionnel de nos sociétés industrielles en est la véritable dimension insoutenable.

Pour mieux le comprendre, penchons-nous sur les mots d’un autre grand penseur, Henri Bergson (1859-1941), et plus précisément sur l’analyse qu’il fait dans Les deux sources de la morale et de la religion de la civilisation mécaniste dont, après un siècle et demi de révolution industrielle, la Grande Dépression toute fraîche venait de démontrer les limites et les lacunes. 

En 1932, Bergson écrivait en effet : « La mécanique ne retrouvera sa direction vraie, elle ne rendra des services proportionnés à sa puissance, que si l'humanité qu'elle a courbée encore davantage vers la Terre, arrive par elle à se redresser, et à regarder le ciel ».

Pour Bergson, les progrès des sciences et de la technologie sont dictés par une soif d’absolu qui a les caractéristiques d’une mystique, ce qui lui permet d’affirmer que « L'homme ne se soulèvera au-dessus de terre que si un outillage puissant lui fournit le point d'appui. Il devra peser sur la matière s'il veut se détacher d'elle. En d'autres termes, la mystique appelle la mécanique » [je souligne, on va voir pourquoi].

Hélas, l’homme étant l’homme, la mécanique peut aussi être détournée de sa mission de tremplin « mystique », Bergson continue donc : « […] la mécanique par un accident d'aiguillage a été lancée sur une voie au bout de laquelle étaient le bien-être exagéré et le luxe pour un certain nombre, plutôt que la libération pour tous. Nous sommes frappés du résultat accidentel, nous ne voyons pas le machinisme dans ce qu'il devrait être, dans ce qui en fait l'essence ». Autrement dit, ce que l’on appelle aujourd’hui le contrôle économique du 1 % sur les 99 % est un (grave) accident d’aiguillage qui discrédite la guilde des aiguilleurs, mais n’invalide pas l’invention du train et des rails.

Comparant les outils que nous fournissent la science et la technologie à des membres artificiels ayant pour effet d’agrandir le corps humain, Bergson constate que « dans ce corps démesurément grossi, l'âme reste ce qu'elle était, trop petite maintenant pour le remplir, trop faible pour le diriger. D'où le vide entre lui et elle. D'où les redoutables problèmes sociaux, politiques, internationaux, qui sont autant de définitions de ce vide et qui, pour le combler, provoquent aujourd'hui tant d'efforts désordonnés et inefficaces : il y faudrait de nouvelles réserves d'énergie potentielle, cette fois morale. Ne nous bornons donc pas à dire, comme nous le faisions plus haut, que la mystique appelle la mécanique. Ajoutons que le corps agrandi attend un supplément d'âme, et que la mécanique exigerait une mystique » [je souligne, on a compris pourquoi].

Loin d’entendre l’appel de la mystique, le monde fut témoin, de 1939 à 1945 de l’usage dévastateur qui fut fait des outils produits par la science et la technologie au point où Oppenheimer, un des pères de la bombe atomique, après avoir donné aux premiers essais nucléaires le nom de code « Trinity » dira après Hiroshima « Les physiciens ont connu le péché et c’est une connaissance qu’ils ne peuvent oublier ».  

Plus de trois quarts de siècle après Bergson, le constat du paragraphe 105 de l’Encyclique Laudato Si du pape François montre que le besoin de supplément d’âme n’a fait que s’amplifier : « On a tendance à croire que tout accroissement de puissance est en soi “progrès”, un degré plus haut de sécurité, d’utilité, de bien-être, de force vitale, de plénitude des valeurs, comme si la réalité, le bien et la vérité surgissaient spontanément du pouvoir technologique et économique lui-même. Le fait est que l’homme moderne n’a pas reçu l’éducation nécessaire pour faire un bon usage de son pouvoir, parce que l’immense progrès technologique n’a pas été accompagné d’un développement de l’être humain en responsabilité, en valeurs, en conscience ».

Voilà où nous en sommes et bien malin qui pourrait dire si le virage salutaire global, somme synergique de virages individuels, va ou non se produire. Pour l’éco-théologien Thomas Berry, « le principal obstacle au remplacement de l’ordre industriel n’est pas son aspect physique, mais l’envoûtement psychique qu’il provoque. […] Nous entrons aujourd'hui dans une autre période historique que nous pourrions appeler l’âge écologique. J’utilise ici le terme écologique dans son sens premier de relation entre un organisme et son environnement, mais également pour souligner l’interdépendance de tous les systèmes vivants ou non de la planète. Cette vision d’une planète intégrée du point de vue spatial ainsi que dans son évolution temporelle est d’une importance fondamentale en tant qu’assise de la puissance psychique requise pour subir les transformations psychiques et sociales qui nous attendent [je souligne]. De telles transformations requièrent l’apport de la planète tout entière et les forces propres à l’humanité n’y suffiraient pas. En douter serait une preuve d’illusion concernant l’ordre de grandeur du défi auquel nous faisons face. […] il s’agit d’un changement radical de notre mode de conscience. Le défi auquel nous faisons face est de créer un nouveau langage et même une perception nouvelle de ce que signifie être humain et de transcender non seulement nos limites nationales, mais jusqu’à notre isolement en tant qu’espèce pour nous joindre à la communauté plus vaste des espèces vivantes. Ce passage débouche sur une perception toute nouvelle de la réalité et des échelles de valeurs ».

Le tableau est brossé et, pour conclure, la seule prédiction qui soit plus certaine que celle de Malraux dont il a été question en préambule est vraiment celle-ci : Qui vivra verra…

Auvidec Média/Daniel Laguitton, Abercorn, Qc 

Des théologiens ont croisé le fer en des engueulades sophistiqués sur des points subtils de doctrine. Certains forts en thème de ce monde éthéré ont déchiré leur chemise en regard de ce qu’ils percevaient comme une erreur grave chez « l’autre ». Les « purs » !

Mais la religion n’est pas d’abord une affaire de pureté orthodoxe ; elle se rapporte à l’amour pour Dieu, qu’on l’appelle Allah, Yahvé ou le bon Dieu.  Des voisins sont Grecs orthodoxes. L’histoire établit les différences avec le catholicisme fidèle à Rome. Ils seraient bien embêtés de définir les différences des querelles théologiques qui ont présidé à l’avènement de leur foi. Ils savent d’instinct que la fidélité à Dieu est bien autre chose.

Car la vaste majorité des croyants se ressemblent. Outrepassons les extrémistes de toute confession. Je me réfère ici au « vrai monde ». Ceux pour qui l’amour familial, l’éducation responsable de leurs enfants, le désir de la paix dans le monde se conjuguent naturellement avec la piété envers Dieu et les quelques pratiques religieuses qui lui sont imparties. Ce sont les cœurs purs.

Le monde entier, et le Québec singulièrement, après la tuerie en début février 2017 dans une mosquée de Québec, réalise que la grande majorité des Musulmans, comme l’a exprimé spontanément un témoin, « C’est du monde comme nous autres ! ». Les tragédies produisent quelquefois de telles prises de conscience.

Le corps parle plus vrai que la parole. Il ne ment pas. La bonté du cœur qui se lisait sur le visage des Musulmans en deuil révélait des cœurs purs. Et de surcroit des victimes. Comme les Chrétiens persécutés dans certains pays musulmans. Du « vrai monde ». Bref, une tragédie qui bascule et bouscule tant de préjugés montés en épingle par les « purs ». Mais les cœurs purs se sont reconnus. Quel immense progrès !

Auvidec Média/Michel Frankland, auteur, chroniqueur

Lors d’une émission d’Apostrophes, Bernard Pivot avait demandé à sœur Emmanuelle (1908-2008) quel était son mot préféré. La réponse fut immédiate : Yalla!, mot arabe qui signifie : « En avant ! »

La mort est en avant, notre naissance aussi. Nous n’avons jamais fini de naître. Pour les croyants et croyantes, la mort est vue comme le jour de leur véritable naissance. Thérèse de Lisieux, décédée le 30 septembre 1897, écrivait : « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie ». De son côté, Félix Leclerc chantait : « C’est grand la mort, c’est plein de vie dedans ».

Un accompagnement par la présence

J’ai relaté dans le livre Récit d’un passage les derniers mois de la vie de mon beau-père. Mon accompagnement auprès de lui m’a rendu plus humain et plus lucide face à la mort. J’ai surtout retenu trois choses de cette expérience. La vie n’a de sens que dans la perspective d’un salut qui la libère de toute impasse. La mort n’a de sens que dans le don d’une vie éternelle en Dieu. Entre les deux, l’amour à vivre au quotidien, constitue le chemin d’un tel salut et l’horizon d’une éternité à venir. Thérèse d’Avila résumait cela par cette maxime : «Vivre toute sa vie, aimer tout son amour, mourir toute sa mort».

Le père Benoît Lacroix (1915-2016), décédé le 2 mars, est un bel exemple d’une vie pleinement vécue où l’amour a été au centre de son cheminement. À ceux et celles qui auront eu la grâce de le côtoyer, il aura fait expérimenter la gratuité de l’amour. Il ne lui restait plus que cela dans sa vieillesse : aimer.

Que de saisons pour apprendre à vivre, à aimer, à mourir! Que de passages pour assumer sa propre naissance et advenir à son humanité! Le décès de nos proches est l’un de ces passages. Mais il y a plein de petites morts au quotidien qui nous préparent au grand voyage : perte d’un emploi, maladie, dépression… Ces pertes ébranlent nos sécurités. En ces moments-là, on dirait qu’une porte se ferme, mais c’est pour qu’une autre s’ouvre, que nous n’aurions pas franchie autrement.

Une rencontre d’amour

L’abbé Pierre (1912-2007) affirmait avec justesse que dans la mort « il y a beaucoup plus de rencontres que de séparations ». J’en ai fait l’expérience avec mon beau-père. Ma foi me révèle que notre relation se poursuit autrement dans le Christ. En tant que baptisés, nous sommes tous et toutes unis dans ce beau mystère de la communion des saints. Nous en prenons surtout conscience à la Toussaint, célébrée le 1er novembre, et le lendemain, lors de la commémoration de tous les fidèles défunts. Certains de nos proches nous ont précédés dans le Royaume ; un jour ce sera notre tour de naître éternellement à la lumière, à la suite du Christ qui a vaincu la mort par sa croix glorieuse.

En ces temps où l'on parle beaucoup de compassion et de dignité face à la mort, l'accompagnement des mourants demeure une expérience profondément humaine qui nous fait entrer dans ce qu’il y a de plus grand et de plus vrai en nous : l’amour. Aimer, il n’y a que cela qui reste quand nos forces déclinent et que la maladie nous consume. Aimer, avec ses harmoniques d’accueil, d’écoute, de pardon, de respect, de tendresse.

Par la prière, nous nous ouvrons à la miséricorde divine. Nous rencontrons au cœur de notre âme ce Dieu qui n’est qu’amour et vie. Avec lui, allons de l’avant en toute confiance.

Texte paru dans le Prions en Église Canada, 30 octobre 2016, p. 36-37.

Pour aller plus loin: Récit d'un passage, 2016, Parole et Silence - Novalis.

Auvidec Média/Jacques Gauthier, théologien, auteur

http://www.jacquesgauthier.com/

Voici le cinquième et dernier texte préparé dans le cadre de ma participation au Forum social mondial tenu à Montréal du 9 au 14 août 2016. Dans cet atelier organisé par le réseau européen «Transform!», 6 panelistes venus de divers pays (France, Espagne, États-Unis, Italie, Allemagne et Canada) devaient se prononcer sur l’avenir de la situation sécuritaire mondiale qui est la nôtre, et indiquer quels devraient être les politiques à privilégier dans les circonstances. Le titre de l’atelier faisait directement référence au pape François qui a déclaré, à plusieurs reprises depuis au moins janvier 2015, qu’on assiste à «une troisième guerre mondial qui se mène par morceaux». J’avais d’ailleurs écrit précisément sur ce sujet en janvier 2015.

Je ne cherche pas ici à rendre compte de la richesse de plusieurs des interventions, y compris la «mise en jeu» proposée par l’animateur Fabio Alberti (un document sortira peut-être de cet atelier), mais uniquement à partager le texte que j’avais préparé à cette occasion (l’atelier se déroulant finalement en anglais seulement, j’ai improvisé à partir de ce canevas de départ rédigé en français).

Ma perspective

dans un panel qui regroupe autant d’expériences riches et diverses, chacun doit apporter ce qu’il connaît le mieux: dans mon cas, les alternatives à la guerre et l’utilisation de la nonviolence

on nous a demandé de penser les perspectives d’avenir et (d’actions sur l’avenir) plutôt qu’une énième description des conflits actuels et des tendances qui s’en dégagent

la nonviolence comme perspective d’avenir (ou, encore plus, comme moyen de préparer l’avenir) peut sembler totalement utopique ou «déconnectée du réel»

pourtant, la nonviolence est pour moi LA SEULE MANIÈRE RÉALISTE de sortir d’«une guerre sans fin»: je m’explique

La nonviolence

en un seul mot: ce n’est pas la simple absence de violence (en deux mots) mais plutôt une philosophie de vie qui englobe l’ensemble de notre rapport au monde (j’ai consacré un atelier entier, ici au FSM, à cette NONVIOLENCE/philosophie de vie, comme fondement d’un «autre monde possible»)

davantage encore: la nonviolence ne se résume pas non plus aux multiples techniques de «lutte nonviolente» que Gene Sharp a longuement étudiées et diffusées un peu partout à travers le monde (surtout depuis le début des années 90)

la nonviolence dont je parle part d’une conviction profonde (parfois ancrée dans un terreau religieux ou spirituel, mais souvent ancrée dans une vision humaniste ou des principes philosophiques) que la violence ne peut générer que d’autres violences et qu’elle ne peut donc JAMAIS conduire à des solutions justes et durables qui sont les conditions de toute PAIX véritable

Pour lire la suite de cet article :

http://co22.org/dominiqueboisvert/wp/la-guerre-sans-fin-la-3e-guerre-mondiale-est-elle-commencee/

Auvidec Média/Dominique Boisvert, avocat de formation, membre fondateur du Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV)

Lorsque l’hôtel ultra-chic Moxy ouvrira ses portes à San Diego dans les prochains jours, les chambres seront dotées des commodités habituelles : un réveil, un sèche-cheveux, un bureau et une télévision à écran plat. Mais vous ne trouverez pas de Bible dans le tiroir de la table de chevet. Croiriez-vous que nous sommes en présence d’un cas d’offre et de demande laïques ?

Le Los Angeles Times du 6 décembre dernier nous apprenait que l’industrie hôtelière américaine réduisait sa distribution de littérature religieuse dans ses chambres. Il est toutefois difficile de savoir si cette réduction est le résultat d’un désintérêt des clients ou d’un virage laïque de l’industrie hôtelière. La chaîne Marriott International, la plus grande société hôtelière au monde, qui fut fondée par des mormons pratiquants, fournit habituellement une Bible et un Livre de Mormon dans les chambres de chaque hôtel de sa franchise. La société a récemment décidé qu’aucun matériel religieux ne serait désormais offert dans deux de ses plus récentes marques, les hôtels Moxy et Edition, destinées aux milléniaux (les jeunes âgés entre 11 et 33 ans), les livres religieux ne correspondant tout simplement pas à la personnalité de ces marques. La décision de Marriott reflète une tendance plus générale qui consiste dans l’industrie hôtelière à interrompre sans mot dire la longue tradition consistant à offrir dans chaque chambre du matériel religieux.

Cette tradition remonte en fait au 14 septembre 1898, à Boscobel, dans le Wisconsin. Le directeur de l’Hôtel Central demande à deux commis voyageurs de cet État, John H. Nicholson de Janesville et Samuel E. Hill de Beloit, de partager une chambre, puisque l’hôtel accueillait une convention de bûcherons et affichait complet. Lorsque les deux hommes ont découvert qu’ils étaient tous les deux chrétiens, ils ont lu la Bible ensemble et ont discuté de la création d’une association de voyageurs chrétiens. Le 1er juillet 1899, les deux vendeurs, auxquels s’est joint William J. Knights, se rencontrèrent à Janesville et fondèrent la Gideon International. En 2016, la fondation dépensait environ 100 millions de dollars dans la distribution de Bibles dans des lieux publics comme les hôtels, les prisons, les hôpitaux, soit environ le même montant qu’en 2015.

Ceci ne veut pas dire que la demande ait toujours été au rendez-vous. Des hôtels comme la chaîne Travelodge en Grande-Bretagne ont retiré les Bibles de leurs chambres, soi-disant pour ne pas faire de discrimination entre les religions, précisait un communiqué de la compagnie. Intercontinental Hotel Group, la société britannique qui exploite, entre autres, la marque Holiday Inn, n’exige plus que les gestionnaires de ses hôtels (plus de 5 000) mettent des Bibles dans chaque chambre. Une enquête récente menée par une maison de sondage a constaté que le pourcentage des hôtels qui offrent des livres religieux dans les chambres a diminué au cours de la dernière décennie, passant de 95 % en 2006 à 79 % en 2016. Les experts de l’industrie invoquent l’impératif d’attirer de jeunes voyageurs américains, moins dévots que leurs parents, et le noble souci de ne pas offenser les voyageurs internationaux d’autres confessions. Côté pratique, beaucoup de nouveaux hôtels installent à côté du lit une étagère plutôt qu’une table de nuit avec tiroir. Disons qu’une copie des Écritures se dissimule moins aisément sur une étagère que dans un tiroir… Mais un autre facteur ne doit sans doute pas être négligé : certains groupes athées ont fait des pressions pour que les hôtels suppriment des livres religieux jugés indésirables.

L’an dernier, la Freedom From Religion Foundation, un groupe à but non lucratif qui promeut la séparation de l’Église et de l’État, a écrit à quinze grandes sociétés hôtelières en leur demandant d’enlever les Bibles des chambres d’hôtel. Durant la dernière année, le groupe a réussi à obtenir que les hôtels exploités par l’Arizona State University et le Northern Illinois University obtempèrent. La fondation a même créé un autocollant ainsi libellé : « Avertissement : la croyance littérale en ce livre peut mettre en danger votre santé et votre vie », et a encouragé ses partisans à les coller sur toutes les Bibles trouvées dans les chambres d’hôtel.

Une demande de plus en plus laïque jointe à un légitime désir de demeurer à l’écoute des clients tend actuellement à modifier la longue tradition de collaboration entre religion et commerce. Voici de quoi réfléchir : saviez-vous que le nouveau Trump Hotel de Washington DC offre non seulement des Bibles dans chacune de ses chambres, mais qu’il fournit même sur demande d’autres livres religieux comme le Coran (y compris le tapis de prière), le Talmud, la Bhagavad Gita. La prochaine fois que vous dormirez à l’hôtel, demanderez-vous à ce que l’on mette à votre disposition un livre religieux de votre choix ?

Pour en savoir plus :

Auvidec Média/CROIR/Université Laval

À chaque année, l’Halloween fait déferler dans nos rues des milliers de petits monstres, censés rappeler l’apparition des esprits des morts lors d’un ancien rituel celtique célébré juste avant la venue d’une nouvelle année. Résultat de l’influence de succès médiatiques récents, parmi les personnages qui sonnent à nos portes surgissent un lot de vampires à la Twilight et de zombies à la Walking Dead. Mais croiriez-vous que ces personnages aient un ADN religieux commun ?  Pourriez-vous imaginer des zombies protestants, des zombies catholiques, des vampires mormons ? Levons le masque derrière lequel se cachent ces monstres !

L’univers dans lequel évolue le zombie n’est pas sans rappeler l’Apocalypse. Dans ce dernier livre de la Bible chrétienne, le scénario de la fin des temps laisse finalement apparaître un monde dévasté par des tremblements de terre, avec des villes détruites par le feu et des humains accablés par divers fléaux. La résurrection des morts qui précède le jugement dernier est probablement l’un des thèmes les plus importants de cette eschatologie. Mais si l’on y regarde bien, le retour des morts à la vie tel que décrit par la Bible fait également paradoxalement penser aux vampires et aux zombies. On ne se surprendra donc pas que, dans la tradition populaire haïtienne, le Christ puisse être considéré comme le premier zombie !

Curieusement, le lieu où séjournent les vampires et les zombies se présente comme une inversion du monde céleste en tant que lieu de l’ultime salut. Récompense offerte aux élus, le ciel est radieux ; ses résidents sont dotés d’un corps lumineux ; les anges y volent ; la musique y est omniprésente, et il flotte dans l’air une odeur de roses. Dans le séjour infraterrestre où évoluent les monstres comme ceux qui apparaissent lors de l’Halloween, les justes se sentent menacés, la lumière se raréfie, et les morts-vivants ont peine à déplacer des corps en décomposition à l’odeur nauséabonde. Étrangement, ce monde n’a de sens qu’en relation à la géographie de l’au-delà chrétien. Mais regardons plus attentivement ce qui se passe.

Mine de rien, ces rôdeurs nocturnes transforment en fait le cœur même du message chrétien. Pour le christianisme, l’accès au Royaume de Dieu est rendu possible grâce au sacrifice de Jésus-Christ. Les croyants commémorent cet évènement tous les dimanches lors de l’Eucharistie. Ceux qui communient ainsi au corps et au sang du Christ se nourrissent d’un aliment qui les renforce et leur permettra de jouir un jour de la vie éternelle. Le vampire et le zombie, à l’image de Satan, transgressent le rite chrétien : ces êtres difformes mangent le corps et boivent le sang des mortels pour prolonger, dans cette vie terrestre, une misérable vie agitée de pulsions animales. Le comportement des monstres de l’Halloween présente donc, comme dans un miroir, un christianisme inversé.

Mais avez-vous remarqué que les zombies de la série américaine Walking Dead présentent un aspect plus menaçant que ceux de la série française Les revenants ? Derrière ces deux séries, il y a peut-être l’opposition entre la conception que les protestants et les catholiques se font des morts. Il semble en effet qu’en rejetant le purgatoire des catholiques, le monde protestant se soit davantage coupé de ses morts. Ce qui veut dire que le zombie protestant a plutôt tendance à hanter et à pourchasser les vivants, tandis que le zombie catholique refléterait davantage la solidarité entre les humains d’ici-bas et les fidèles ressuscités auprès de Dieu.

Ces réflexions laissent subsister une énigme. Pourquoi Edward, le vampire de la série Twilight, est-il si différent des autres vampires ? La réponse est peut-être due au fait que Stephenie Meyer, l’auteure qui a créé Edward, est membre de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, ceux que l’on appelle les mormons. Le corps brillant d’Edward n’est autre que le corps glorieux, le signe d’une grande évolution spirituelle selon le dogme de cette religion. Tout comme le veut la règle mormone, Bella, l’héroïne de la série, ne consomme ni café, ni thé, ni alcool et ni tabac. Cette religion prescrit aussi l’abstinence de relations sexuelles avant le mariage. Il devient ainsi plus facile de comprendre qu’Edward se refuse aux avances de Bella et que les deux héros, selon les croyances mêmes de cette Église, souhaitent vivre une union éternelle !

Lorsque, le soir du 31 octobre, vous donnerez vos bonbons aux petits monstres, rappelez-vous que, derrière ces masques, se dissimule encore un peu de religieux. Et surtout, n’oubliez pas ! Si un petit Edward vous demande des friandises, évitez la saveur de café… Qui sait ?

Pour en savoir plus :

  • Vovelle, Michel, « La mort et l’Au-delà dans la bande dessinée », L’Histoire, n° 3, 1978, p. 34-42. [Bonne synthèse de la question abordée dans ce texte.]
  • Couture, André, « D’où nous est venue l’Halloween ? », https://croir.ulaval.ca/nouvelle/dou-nous-est-venue-lhalloween/, consulté le 21 oct. 2016.

Auvidec Média/Centre de ressources et d'observation de l'innovation religieuse​ (CROIR), Université Laval

L’attentat à Nice, un 14 juillet, m’avait laissé sans voix. En priant pour les victimes, un seul mot revenait, le même que Jésus sur la croix : Pourquoi ? Avec l’exécution du P. Jacques Hamel, pendant qu’il célébrait l’Eucharistie, qui, faut-il le rappeler, est l’actualisation de la mort et de la résurrection du Christ, une autre parole de Jésus en croix est montée au cœur : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34).

À la mort du père Jacques, le 26 juillet, j’ai écrit sur ma page Facebook que je priais également pour les deux terroristes tués et leurs familles. Certains, se disant catholiques pratiquants, ne pouvaient pas aller jusque là : « Prier pour ses barbares, jamais, encore moins pardonner ». Je comprends très bien cette réaction humaine. Chacun son cheminement et sa grâce. Mais l’appel de Jésus est clair : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent » (Mt 5, 43-44).

En christianisme, il n’y a pas d’autre voie que celle du pardon et de la douceur pour désarmer le mal. C’est le chemin du Royaume, celui des Béatitudes : « Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 5-7). Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas se défendre, se protéger, c’est à l’État de prendre les moyens nécessaires, sans attiser la haine qui engendre la violence.

J’entends les pas des martyrs chrétiens traversant les siècles avec leur espérance invincible et pardonnant à leurs bourreaux. Je revois les sept moines cisterciens de Tibhirine, décapités en 1996, vivre l’absolu de l’amour et la fraternité comme projet de vie, face aux intégrismes des extrémistes. Je visionne cette courte vidéo de Noël 2009 où le père Jacques partage sa foi profonde au Christ : « Jésus est venu se faire vulnérable ».

Ce prêtre de 86 ans, ouvert et accueillant, avait écrit dans la lettre paroissiale de juin 2016 : « Puissions-nous en ces moments entendre l'invitation de Dieu à prendre soin de ce monde, à en faire, là où nous vivons, un monde plus chaleureux, plus humain, plus fraternel ». Tué dans l’église Saint-Étienne-du-Rouvray durant l’Année sainte de la miséricorde, le pape François l’a qualifié de « saint prêtre » dans l’avion le menant à Cracovie pour les Journées mondiales de la jeunesse, qui sont un microcosme de l’Église.

La vie de cet homme qui voulait servir l’Église jusqu’à son dernier souffle aura été une messe jusqu’au bout. Il a vécu dans sa chair ces paroles de Jésus, prononcées des milliers de fois à la prière eucharistique : « Prenez, et mangez-en tous : ceci est mon corps livré pour vous […] Prenez, et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Vous ferez cela, en mémoire de moi. »  

Oui, « il est grand le mystère de la foi ». Et elle est belle cette espérance qui resplendit sur le visage du Christ, livrant sa vie pour que les hommes et les femmes aient la vie en abondance. Devant un tel Dieu qui a vaincu la mort au matin de Pâques en nous hébergeant dans son Fils, le désespoir et la vengeance n’ont pas d’avenir.

Prenez son corps dès maintenant,

Il vous convie

À devenir eucharistie;

Et vous verrez que Dieu vous prend,

Qu'il vous héberge dans sa vie

Et vous fait hommes de son sang. (Patrice de La Tour du Pin) 

Pour aller plus loin, lire ce billet du blogue : Aimez vos ennemis.

Publié en partie dans Le Soleil de Québec

Auvidec Média/Jacques Gauthier, théologien, auteur/ http://www.jacquesgauthier.com/

La prière s’exprime dans le temps, avec ou sans mots. J'ai déjà parlé dans l’École de prière de ce blogue plusieurs formes de prière comme l’oraison, appelée aussi prière contemplative, la lectio divina, la méditation des psaumes, l’adoration eucharistique, la liturgie des Heures, la marche méditative, le rosaire, la louange… Dans les prochains billets, j’approfondirai un élément central dans l’acte de prier : le corps. J’aborderai les principales postures qui soutiennent l’élévation de l’âme vers Dieu : prier assis, à genoux, debout. Ces postures, si elles sont bien faites, favorisent le recueillement et l’attention à Dieu en soi. Elles expriment les dispositions de l’âme et la vérité des sentiments que nous avons pour Dieu.

Le langage du corps

Le corps humain parle dans la prière, nous pouvons lui faire confiance. Il possède son propre vocabulaire: soupir, silence, cri, larmes, gestes, attitudes, supplication, bénédiction, chant, danse, etc. Qui pourrait douter de son intelligence et de sa sagesse? Certainement pas ces hindous debout sur les rives du Gange, immobiles au lever du jour, ces juifs tournés vers Jérusalem, ces musulmans prostrés en direction de La Mecque, ces moines dans leurs stalles qui s’inclinent au « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit ».

Il y a des postures dans la prière que l’on retrouve dans toutes les religions, même si divergent les représentations du divin : être debout pour louer et accueillir, s’agenouiller et se prosterner pour adorer et demander pardon, s’asseoir pour écouter et méditer. La prière inspire telle attitude physique qui aide à prier, tant le corps et l’âme sont étroitement liés, comme le souffle l’est à la vie, l’arbre à la terre.

Le corps nous fait toucher le ciel. Il  exprime la prière par de simples gestes comme ceux si nuancés de la main : mains levées pour intercéder et offrir, mains ouvertes pour demander et recevoir, mains jointes pour supplier et se recueillir, mains croisées sur la poitrine pour intérioriser et écouter. « Je t’appelle, Seigneur, tout le jour, / je tends les mains vers toi (Ps 87, 10).

Un soutien dans la prière

Le corps soutient la prière. Il n’est pas seulement l’acteur par lequel s’exprime la prière, mais il est aussi le moteur qui la déclenche. La posture corporelle crée telle attitude intérieure qui se change en prière. Pour savoir si la posture que nous utilisons dans la prière est bonne, voici deux critères essentiels : nous pouvons la maintenir assez longtemps, et il y a correspondance entre ce que nous faisons et ce que nous sommes. 

Dans la prière chrétienne, toutes les positions et tous les gestes sont bons. Ils nous conviennent s’ils nous aident à entrer en relation avec le Père qui nous aime tels que nous sommes, à nous recueillir dans l’Esprit qui vient en aide à notre faiblesse, à vivre un cœur à cœur avec le Christ qui s’est livré par amour pour nous.

Le corps est un partenaire primordial qui nous assiste dans la prière pour que nous vivions l’attention amoureuse à Dieu, que ce soit dans l’oraison silencieuse ou dans la liturgie. Qu’il soit en bonne santé ou malade, jeune ou vieux, joyeux ou douloureux, il doit être « l’ostensoir de l’âme priante », selon la belle expression du père Henri Caffarel. Il a parfois besoin d’objets, tel que le chapelet, comme support matériel à la prière répétitive. À nous de voir ce qui peut nous aider à prier. Nous pouvons aussi nous mettre en marche pour accomplir un pèlerinage. La route devient un lieu de prière. Nous prions en marchant, au rythme des saisons. Ne sommes-nous pas des voyageurs ici-bas, des pèlerins de passage qui vont à la rencontre de celui qui est, qui était et qui vient?

Dieu s’est fait chair et corps en Jésus. Le corps humain est donc le lieu de Dieu, la demeure où il se révèle. Parce que nous sommes chrétiens, notre corps est baptisé et « eucharistié ». Ce corps, « Sanctuaire de l’Esprit Saint » (1 Co 6, 19), est créé pour être donné, non pour être exploité. Par la prière, il apparaît dans toute sa dignité, au-delà des apparences et des modes. Complice de l’âme, il lui est soudé comme un frère bien-aimé qui vibre au même diapason du désir d’aimer. La prière peut nous aider à accepter notre corps et à acquérir la paix du Christ qui surpasse toute connaissance.

Un poème de Rilke

« Qu'il est doux parfois d'être de ton avis,

frère aîné, ô mon corps,

qu'il est doux d'être fort

de ta force,

de te sentir feuille, tige, écorce

et tout ce que tu peux devenir encor,

toi, si près de l’esprit.

Toi, si franc, si uni

dans ta joie manifeste

d’être cet arbre de gestes

qui, un instant, ralentit

les allures célestes

pour y placer sa vie ».

(Rainer Maria Rilke, Vergers, dans Œuvres 2 Poésie, Seuil, 1972, p. 480).

Article paru dans Magnificat, janvier 2017, p. 7-10.

Pour aller plus loin, voir l’ouvrage de Jacques Gauthier : Guide pratique de la prière chrétienne

Auvidec Média/Jacques Gauthier, théologien, auteur

http://www.jacquesgauthier.com/

Tu reviens au hasard des photos jaunies

des justes rites

C’était au temps des âmes, c’était l’éternité

des pudeurs fécondes, de la grande jeunesse Gravité
qui regardait loin pour tracer un sillon droit

Tu revenais les soirs d’hiver
avec les rubans de ta vie

C’était au temps des champs du cœur
labourés à perte d’horizon

O rivages ! C’était au temps des femmes Kalash

et d’autres sourires si proches à l’autre bout du soleil

Mais eux, comprendront-ils s’ils n’ont pas eu d’enfance ?

C’était avant le bitume, avant que le temps ne prenne peur
Les goélands jonglaient nichés sur la joue de l’équinoxe

Et toi, tu t’arrêtais, heureuse,
dans l’intimité de tes genoux

C’était avant les images crêpes à carton de suie

C’était la mer à sang bleu au grand œil du silence

O temps

Gonfle ton cœur endormi dans les sincérités de l’aube

Enfance mon amour j’effeuille l’alphabet de tes pieds.

Auvidec Média/Michel Frankland, auteur, chronqueur